John Mark Nelson : « C’est plus sympa de jouer des chansons qui te donnent envie de chanter et danser »

INTERVIEW – On a découvert John Mark Nelson par hasard.  Il tournait en début d’année avec Little Green Cars sur leur tournée nord-américaine. Logique donc, de le retrouver pour sa première date parisienne, quelques heures avant son concert à la Maroquinerie.

31 mars 2016, Vancouver, The Cobalt. Avant dernier jour de notre périple ouest-canadien. On découvre John Mark Nelson, en première partie d’un de nos groupes favoris, Little Green Cars. John Mark Nelson est souriant, humble, et sa musique nous plaît dès les premières minutes. À la fin de la soirée, on le retrouver à la table de merch’ et on lui demande s’il compte venir jouer à Paris. Bientôt, nous répond-t-il, possiblement à l’automne s’avance-t-il. On garde ça en tête. Et puis novembre arrive, et l’Américain annonce qu’il s’en vient en Europe, pour jouer notamment aux côtés des Strumbellas. Le combo parfait. Ni une, ni deux, après quelques mails échangés sur Facebook, je retrouve John Mark Nelson au Café des sports, à quelques mètres à peine de la Maroquinerie où il se produit le soir même. Arrivé la veille, il me confie en chemin qu’il n’a pas dormi depuis plusieurs dizaines d’heures, depuis son départ du Minnesota, dont il est originaire. Pas grave, il dormira après le concert affirme-t-il, le lendemain, il a une journée off, et compte bien profiter de Paris avant de poursuivre sa petite tournée européenne.

John Mark Nelson - La Maroquinerie (c) Emma Shindo
John Mark Nelson – La Maroquinerie (c) Emma Shindo

Rocknfool : Comment tu te sens après le cataclysme américain, aka la victoire de Trump ?
Wah… Par où commencer ? On vit à une époque passionnante en ce moment aux États-Unis : les opinions sont très très divisées et chacun maintient sa position. C’est plutôt triste. (silence) Je peux dire avec certitude que cela va être quatre années intéressantes : au lieu de me concentrer sur le négatif, j’essaie de me poser des questions en tant qu’individu : notamment « qu’est-ce je peux faire pour améliorer la situation ? » J’essaie de maintenir ma tête hors de l’eau… Je me rends compte que je suis parti des États-Unis au bon moment (rires) c’était assez mouvementé, beaucoup de personnes sont en colère les unes contre les autres. C’est une période cruciale et très importante… donc c’est définitivement un bon moment pour partir visiter plein de belles choses à travers le monde, même si je ne veux pas fuir cette situation. J’essaie plutôt de me questionner en tant que musicien et en tant qu’être humain : qu’est-ce que je peux faire pour ajouter de petites touches positives au pays dans lequel j’habite, et ne pas continuer à creuser plus profondément le fossé entre les deux camps…

Pour les Français qui ne te connaissent pas… encore, est-ce que tu peux te présenter brièvement ?
Bien sûr ! Je suis un songwriter, j’ai grandi aux États-Unis. J’ai été élevé dans une famille de musiciens, mon père était pianiste et ma mère chanteuse. La musique a donc toujours fait partie de ma vie, et de mon identité. Puis avec le temps je me suis rendu compte que ce n’était pas seulement quelque chose qui m’entourait, mais quelque chose pour laquelle je nourrissais une réelle passion. J’ai commencé à étudier la musique et à jouer plusieurs instruments. Ça fait maintenant 5 ans que je vis comme musicien, j’ai sorti plusieurs albums. Je peux dire que c’est du folk, avec un peu de pop, un peu de rock, et plein d’autres influences. J’essaye maintenant d’en vivre et de continuer à sortir des albums. Je viens de finir une tournée de trois mois sur la route, aux États-Unis et au Canada. J’essaie de partir de plus en plus, et me constituer un public tout en continuant à faire ce que j’aime le plus au monde : faire de la musique.

Tu as déjà quatre albums, et tu es si jeune !
Oui (rires), quatre albums jusqu’à présent !

Tu écris et tu pars en tournée sous ton nom, John Mark Nelson, mais quand on t’a vu sur scène à Vancouver au Cobalt avec ton groupe, tu étais presque gêné de te présenter, tu as expliqué que John Mark Nelson c’était toi, mais pas tes musiciens, qu’ils t’accompagnaient juste, mais que par extension ils portaient ton nom également… Du coup, John Mark Nelson c’est bien un projet solo ?
Je fais cette distinction car j’écris, je compose et j’arrange toute les chansons. Le groupe m’aide à présenter ces chansons de la façon dont je les ai imaginées et arrangées. En gros j’insiste sur ce fait, car je souhaite que ces personnes – avec lesquelles je fais de la musique – soient aussi reconnues en tant que supers musiciens, et pas uniquement en tant qu’accompagnateurs de mon projet solo. Je pourrais aussi dire « je suis musiciens, j’écris des chansons, et voilà mes très bons amis, ils m’aident à vous présenter ces chansons, et ils sont géniaux ! » Je ne veux pas que ça soit que à propos de moi et qu’on les ignore. C’est pour ça que j’aime bien que les personnes qui m’accompagnent sur la route aient aussi des projets à côté. Il arrive parfois qu’elles ne peuvent se libérer pour une saison, et c’est ainsi, jouer avec moi n’est pas une obligation.

Est-ce que plus tard tu aimerais monter un projet de groupe justement ?
Plein de choses m’intéressent ! Ce que j’aime le plus c’est écrire des chansons. Pour le moment j’écris sous mon nom, mais si je rencontre quelqu’un avec lequel j’aurais envie de collaborer pour l’écriture, alors ça pourrait se transformer en un projet différent , un groupe pourquoi pas ?! Je reste ouvert à toutes les propositions, rencontrer plein de nouvelles personnes…

Ce que j’essaie et que j’espère réaliser c’est de raconter mes histoires.

Ton dernier album, le quatrième, I’m Not Afraid est sorti depuis plus d’un an maintenant. Comment est-ce que tu le présenterais pour faire venir le public à tes concerts ici ?
Bonne question, j’aurais dû y penser avant de monter dans l’avion ! (sourire) Ce que j’essaie et espère réaliser est de raconter mes histoires. C’est de partager un peu de ce que je suis dans les chansons que je fais ; j’écris donc beaucoup à partir d’expériences que j’ai vécues. Mais que cette expérience peut avoir aussi été vécue par d’autres. On vit les mêmes déboires, on traverse les mêmes choses, les cœurs brisés, les déceptions, l’excitation, la joie… Je ne suis pas une superstar, qui danse, joue, chante, grâce à une série de hits que tout le monde connaît, j’espère plutôt proposer des textes et des pans de vie dans lesquels les personnes peuvent simplement se retrouver.
Je suis toujours très excité à l’idée de jouer dans de nouveaux endroits, j’aime bien essayer de percevoir si le public va apprécier ou non ce que je fais selon la culture du pays où je me trouve, selon les goûts…

Tu as eu le temps de visiter un peu Paris au fait ?
Un petit peu. On s’est baladés ce matin aux alentours [de la Maroquinerie ndlr], mais on a aussi la journée libre demain. Des recommandations ?

Qu’est-ce que tu aimes ?
Manger, boire, les visites, les balades, les magasins… Est-ce que vous avez ça par ici ? (rires)

Lorsque j’écris de la musique, je me pose toujours la question du point de vue du batteur.

Ta musique est plutôt enjouée, et très agréable à écouter. Quand j’ai écouté ton dernier album, j’ai souvent eu envie de danser. Est-ce que c’est quelque chose que tu considérais en faisant cet album, ou est-ce que tu es tout simplement quelqu’un d’enjoué ?
(rires) Oui ! Je crois que ce que j’écris contient des éléments enjoués et je dois dire que j’apprécie tout particulièrement les instruments qui te donnent envie de danser, la batterie, la basse, la guitare électrique, les instruments de percussion… J’adore lier ces instruments entre eux, créer une musique énergique et des rythmes excitants. Quand j’ai commencé à faire de la musique, j’ai commencé comme batteur, donc je crois que lorsque j’écris de la musique, je me pose toujours la question du point de vue du batteur : « qu’est-ce que le batteur aimerait jouer comme partie ? Qu’est-ce que j’aimerais entendre si j’écoutais cette musique là ? » Avant ça j’écrivais plus de la musique douce, plus réfléchie, romantique… Je ne veux pas perdre cet aspect mais c’est quand même sympa d’aller à un concert et de s’amuser à jouer des chansons qui te donnent envie de bouger, chanter, et danser. C’est plus dur à atteindre quand tu fais du folk plus contemplatif. Même si j’adore également ça. Finalement je voulais faire un album fun !

Justement en parlant de la basse, je voulais t’en parler. Les lignes de basse sont vraiment chouettes et très rythmées dans ton dernier album. Est-ce que tu écris tout toi même ?
Ça dépend vraiment. Au départ j’enregistre toutes les parties moi-même de façon un peu anarchique, puis parfois certains amis me rejoignent et réenregistrent certaines parties car ils sont meilleurs musiciens que moi chacun dans leur domaine. Mais c’est moi qui écrit et arrange tout oui.

Au Moyen Âge, aurais-tu été un poète ou un troubadour ? Est-ce que tu es plus mots ou notes ?
Waoh, on ne m’a jamais posé cette question (rires). Mais je crois que je choisirai les notes. J’adore les mots, mais écrire me prend beaucoup plus de temps et d’énergie, c’est parfois exténuant pour moi. Je passe des heures à travailler sur quelques mots, est-ce qu’ils sonnent bien ? Est-ce qu’ils riment ? La musique au contraire me vient très naturellement. Peut-être que j’aurai cette relation aux mots un jour, je ne perds pas espoir !

J’ai le sentiment que si j’avais grandi autre part qu’au Minnesota, j’aurais quand même fait de la musique, mais qu’elle aurait été différente d’une certaine façon.

Serais-tu la même personne, mais surtout le même artiste si tu étais né autre part aux États-Unis ? J’ai eu l’impression que le Minnesota comptait beaucoup dans ta carrière.
Probablement pas non. Je vis dans le Midwest des États-Unis et, comme cela doit être le cas en France, en Europe, c’est une aire géographique avec ses particularités. Et c’est marrant de voir combien un endroit peut par la suite te définir. Beaucoup des personnes qui m’ont inspiré, beaucoup des personnes qui m’ont transmis la passion du songwriting sont du Midwest. Ce que j’ai écouté en grandissant venait aussi de cet endroit, donc j’ai forcément été influencé dès mon enfance. J’ai le sentiment que si j’avais grandi autre part, j’aurais quand même fait de la musique, mais qu’elle aurait été différente. Je ne sais pas de quelle manière, ou pour quelle raison, ni de quelle façon. De la même façon que si tu déménages de l’endroit où tu as grandi, ou que tu changes de lycée… je suis sûr que plein de petites choses changeraient alors dans ta vie.

Je te pose cette question car je suis allée regarder tes dernières photos sur Instagram notamment, et je trouvais que tu faisais presque ambassadeur promotionnel du Minnesota !
Je suis fier de l’endroit d’où je viens. C’est magnifique mais ce n’est pas parfait. Ce n’est pas non plus un endroit qu’on pense à découvrir. Je pense que pas mal d’habitants du Minnesota ont visité Paris, alors que peu de Parisiens ont du aller visiter le Minnesota.

Les États-Unis sont si vastes !
C’est très grand, et très étendu. Alors qu’en Europe tu peux changer de pays en prenant le train, tu peux aller partout ! Aux États-Unis tu peux conduire pendant 14h, et toujours te trouver dans le même État. Ce n’est pas que je trouve le Minnesota plus beau que le reste du monde, c’est juste que je m’y plais beaucoup. Si tu aimes un endroit autant, pourquoi ne pas le faire partager aux autres ? À côté de ça, j’adore voyager et visiter de nouveaux endroits. [il me montre une photo sur son téléphone ndlr] Comment ne pas la partager ? On ne pense pas forcément que le milieu des États-Unis ressemble à ça (sourire).

Vous avez pas mal de lacs non ?
Je vis dans l’État du Minnesota, et son nom c’est l’État aux 10.000 lacs ! Il y a en littéralement 10.000. Ce n’est pas si grand que ça. C’est à peu près à 7h de voiture au nord de Chicago, ce qui pour les États-Unis, n’est pas si loin que ça! (rires).

Sinon, avez-vous eu le temps de goûter du bon pain à Paris ?
Non ! On ne l’a pas encore fait. Où est-ce qu’on peut faire ça ? J’adore le pain. J’ai même commencé à en faire chez moi. [on parle boulangeries et baguettes ndlr]

Pour finir, est-ce qu’il y a une question que tu aurais voulu que je te pose, mais que je ne t’ai pas posée ?
J’adore la question sur le pain !… Sinon beaucoup des personnes qui m’ont interviewé n’avaient pas le recul du Minnesota, car soit ils y habitaient, soit ils en étaient très proches, donc ils ne me posaient pas de question dessus car c’est naturel pour eux. Alors que maintenant je me rends compte qu’en effet je suis très enthousiaste vis à vis de mon État ! Donc non, pas de question supplémentaire ! (sourire).

À LIRE AUSSI >> On y était : The Strumbellas + John Mark Nelson à la Maroquinerie

Propos recueillis par Emma Shindo (Paris, 14 novembre 2016).

Thanks John Mark Nelson!

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