Ferme ta gueule Montréal !

COUP DE YEULE – Grosse colère suite à un énième concert montréalais avec bruit de fond infernal. Quand est-ce que ça s’arrête ?

J’en ai ma claque. J’en peux plus. Putain. De. Merde. C’est le genre de vulgarités qui me viennent à l’esprit alors que je sors d’un concert au Théâtre Corona, à Montréal. Le public était trop bruyant. Encore une fois. Cela a gâché un bon 60% du plaisir, malgré la bonne ambiance évidente, mais ça, j’y reviendrai.

Quand tu vas à un concert à Montréal, et ce en tant que français, prépare toi à un bruit de fond constant et des gens, de tous âges, qui poursuivent, sans gêne, leurs conversations à voix haute, alors que les artistes sont sur scène. Et ce, peu importe le style de musique du band, la salle, l’âge du public, ou la période de l’année. Et peu importe l’endroit dans la salle où tu essaies de te réfugier. Crois-moi, j’ai tout essayé : près de la console, sur le balcon, au 2e rang sur le côté gauche, au milieu de la fosse… Montréal ne sait pas fermer sa gueule. (Visiblement à Québec aussi, comme en témoignent souvent nos collègues du webzine écoutedoncça.ca. Ou encore l’artiste québécois Jason Bajada suite au concert de Fleet Foxes cet été à Montréal)

On s’en ballec/câlisse

Si je me plains, c’est que d’une je suis française, c’est dans mes gènes. De deux, j’ai eu la chance de faire plusieurs centaines de concerts en France, et la situation est quand même pas mal différente. Et donc intéressante à comparer.

En France, lorsque quelqu’un décide de parler à voix haute pendant un concert, il est à 99% probable qu’un (ou plusieurs) spectateur(s) se retourne(nt) vers lui et lui fasse(nt) comprendre par un regard bien appuyé ou une remarque bien sentie qu’il doit se la fermer. Il n’est pas étonnant d’entendre parfois des spectateurs se prendre la tête à cause d’une remarque de ce type, qui a dégénéré en règlement de comptes. Cela dit, le coupable finit par s’exécuter la plupart du temps. Même si son orgueil en prend un coup.

À Montréal, il est commun d’entendre Marie-Pier raconter à Nadine sa soirée épicerie de la veille. Ou Phil rire à gorge déployée alors que le chanteur est au paroxysme émotionnel de sa ballade. Si autour de lui, on est conscient que Phil est en train de ruiner l’ambiance du show, personne ne dit rien. Alors Phil continue à boire sa pinte et se marrer comme une baleine avec Sean qui le relance sur l’état de son auto. Mais attention, cela ne va pas empêcher Marie-Pier, Nadine et Phil d’applaudir bien plus chaleureusement que 3/4 d’une foule française. Car oui, le Canadien/Québécois est enthousiaste. Il va crier à tout bout de champ quand l’artiste va faire un solo de guitare, siffler quand il pousse un peu sur sa voix. Tu regardes X-Factor ? C’est exactement ça. Et c’est là tout le paradoxe. Il n’a rien écouté, mais il passe un bon moment et sur scène, visiblement, les artistes sont « habitués ». Quand tu fais du rock ok je peux comprendre, quand tu fais du folk, c’est sans doute plus pénible.

« Merci d’être si silencieux ». WHAT ?

C’est aussi là que cette phrase magique, que nombre d’artistes de passage à Paris ont pu glisser, prend tout son sens. « Merci d’être si silencieux/attentifs ! » Avant de faire des concerts au Canada, je ne comprenais pas vraiment pourquoi on nous remerciait. Oui, en France on écoute religieusement, en salles. En revanche, on est carrément radins en applaudissements. Du moins, pour ma part, je les régule avec mure réflexion. Je ne vais pas applaudir une première partie que je trouve passablement nulle. Même si l’artiste ou le groupe est déjà bien méritant de se produire sur scène. Si je n’aime pas, je n’applaudis pas. Deal with that. En revanche, quand j’adore sincèrement un morceau, je le fais savoir à coup de gros sifflement de caillera.

Il n’est donc pas inhabituel de voir des salles parisiennes quasiment vides et silencieuses pour une (bonne ou mauvaise) première partie, ce qui est rarement le cas à Montréal. Les Canadiens arrivent à l’heure dite et profitent de toute la soirée dans la bonne humeur, bruyamment. Car ils ont payé leur place, donc dans leur tête, cela leur donne tous les droits. Dans L’Hexagone, le fait d’avoir payé ta place te donne en prime le droit de rudoyer tes voisins qui sont en train de gâcher ton plaisir. Maudits nous. Quel est intérêt d’aller « écouter » un concert si tu ne fais que jaser avec tes potes ? Mets-toi le CD, la playlist Spotify, et invite ta gang chez toi, ça sera plus simple. Ou ferme juste ta gueule et attends la fin du morceau pour parler de ta job.

Finalement, quelle est la solution ? Subjectivement, il faudrait un mix de ces deux cas de figure. L’attention et l’écoute du public français, avec l’enthousiasme chaleureux du public canadien. Une sorte d’entente bilatérale en quelque sorte, une crêpe et du sirop d’érable, un bœuf bourguignon à la poutine, Trudeau et Macron (hum hum)… Ou juste que tu fermes ta gueule Montréal. Easy peasy.

Allez, on se croise en salle ?

À LIRE AUSSI sur Urbania >> Jason Bajada s’adresse aux esti de gossants qui jasent pendant les concerts

PS : bien sûr, je parle dans cet article d’une majorité de spectateurs, il ne s’agit pas d’insulter tous les Montréalais en concert. Heureusement, quelques irréductibles spectateurs paraissent aussi exaspérés que moi.

Advertisements