Üghett : « On a envie que les gens transpirent, dansent, s’aiment, se rencontrent »

INTERVIEW – Quelques temps après la sortie de son premier EP, on a rencontré Üghett, le groupe de chanson-dance qui fait trémousser les hanches. 

Üghett porte bien son nom, résonnant l’inspiration techno-dance berlinoise et la chanson française grivoise à l’érotisme coquin. Quelques semaines après la sortie de leur premier EP, Nectar, je rencontre Diane et Goulwen (Harold, le troisième membre du trio, étant en Bretagne) pour parler de leur Nectar, de leurs inspirations,

Rocknfool : Deux clips, un EP et une release party, la fin d’année a plutôt été plutôt sympa pour vous ?  
Diane : Oui, on a sorti un clip le 26 octobre et un autre le 26 novembre.
Goulwen : Et la release, on attendait du monde pour fêter ça !
Diane : Avec la sortie de l’EP, ça y est, on accouche. On est trois parents comblés.

Vous ne vous sentez pas un peu démunis maintenant ?
Diane : Trop pas ! On a plein de choses à faire. Là, on est déjà sur l’album qui est prévu pour fin 2019 ou début 2020.

Avant Üghett, vous jouiez déjà ensemble. D’où est venue l’envie de changement ?
Diane : On n’avait pas du tout la même configuration, on ne faisait pas les mêmes choses et on ne s’y retrouvait pas. L’expérience de jouer et de travailler à trois c’était hyper précieux, mais on voulait un nouveau départ. Avec Üghett, on savait où on voulait aller. On s’est dit qu’on essayait et si ça ne matchait pas, tant pis ! Et finalement ça a carrément matché.

Avec quels mots, comment avez-vous construit le projet à ses débuts ?
Goulwen : Les axes principaux c’était de faire quelque chose de dancefloor, plutôt techno et en français. On n’a pas tellement hésité à faire du français, ça s’est décidé assez vite.
Diane : Ce qui nous reliait, c’était la musique électronique, alors qu’avant on s’éparpillait parfois dans le hip-hop, la pop, etc., là on s’est vraiment dit qu’on resserrait les liens autour de la musique électronique.

« Ce qu’on fait c’est vraiment taillé pour jouer tard, dans les codes du mix. »

Le premier titre composé c’est « Enfin je m’abandonne », comment ça s’est fait ?
Goulwen : Ça s’est fait assez vite, quasiment dès le premier jour. On était dans la baraque d’Harold, le troisième larron, on a jeté les ingrédients dans la cocotte-minute en se disant « il faudrait qu’on fasse ceci et cela » et c’est sorti assez vite. On se reconnaissait tous dans ce morceau-là, on n’a pas eu à faire de compromis. Ça a été assez fondateur pour la suite.

Et la suite a été aussi évidente ?
Diane : Oui, sinon on n’aurait pas continué (rires) !

Il y a une image déjà bien dessinée autour du projet : une typo particulière, l’utilisation du Ü pas courante, une harmonie de l’image via les différents clips ; tout ça faisait partie du brief de départ ?
Goulwen : Le nom est venu après, mais assez rapidement.
Diane : On était en train de réfléchir, on avait plusieurs options pour l’écrire, et celle-ci nous semblait tellement évidente. Et après pour l’image j’avais pas mal d’idées et ça s’est affiné au fil du temps.
Goulwen : Le tréma ça donne un côté un peu berlinois. Grâce au tréma, on ne peut pas prononcer le nom autrement.
Diane : Sans le tréma, on aurait tendance à prononcer le u « you » à l’anglaise.

Vous pouvez me parler de ce clip, « L’Apollon », comment le tournage s’est-il déroulé ? Vous aviez déjà travaillé avec Kévin Gay, le réalisateur.
Goulwen : En fait, on a fait deux clips en un week-end. On avait un studio à dispo. On avait un projet avec quelqu’un d’autre et ça ne s’est pas fait. Kévin Gay est arrivé comme un sauveur et nous a proposé deux clips dans la foulée.
Diane : Il a tout de suite compris l’univers. On n’est pas tellement revenu sur son idée de scénario, on était hyper d’accord sur les looks.

Est-ce qu’il y avait une volonté de rééquilibrer la représentation du corps de l’homme (comme le corps des femmes) à travers notamment la scène du combat de boue ?
Diane : Les combats de boue qu’on connaît habituellement, c’est un sketch. Les meufs sont en maillot, les mecs se grattent les couilles avec leurs bières dégueulasses. Là, l’idée c’était d’inverser la tendance. Kévin Gay a complètement compris Üghett. Pourquoi ce ne serait pas pour une fois les meufs qui seraient là, à parier sur les corps d’hommes ?
Goulwen : Le corps de l’homme ici reprend l’idée de la femme-objet qui est présente dans beaucoup plus de clips. On insiste dans l’intro du clip sur le massage du mec, c’est un objet, un outil.

Vous avez une démarche revendicatrice sur ce sujet ?
Diane : On nous pose souvent la question : « c’est quoi pour toi le féminisme, est-ce que tu te sens féministe ? ». À chaque fois je réponds « évidemment, mais je ne suis pas politisée ».
Goulwen : Et sur scène, même si Diane est mise en avant, c’est fait d’une manière assumée de front girl, sur laquelle on n’a pas d’ascendant et elle non plus. Il y a un vrai équilibre.

« Diane c’est une panthère sur scène ! »

Vous avez ce titre « L’Apollon », mais aussi le nom de l’EP Nectar,qui rappellent la mythologie grecque. C’est une vraie inspiration ?
Diane : C’est marrant parce que Nectar c’est venu de l’essence de notre projet. Avec tout ce que représentait, Üghett ça semblait cohérent. On a posé plein de mots pour essayer de représenter ce premier bébé et Nectar est apparu comme une évidence. On est souvent tous d’accord, c’est cool (rires). Je n’avais pas du tout pensé à ce parallèle.

Diane, tu as vécu enfant à Pigalle, le quartier et ses ambiances très particulières sont aussi une source d’inspiration pour la mise en scène et la prestance scénique ?
Diane : J’ai beaucoup de tendresse pour ce quartier. J’y suis née et avec mes parents on avait une vraie vie de quartier. Il y avait un bar à filles qui jouxtait notre immeuble. Y’a 25 ou 30 ans, c’était le quartier un peu chaud. Mes parents connaissaient toutes les filles, elles m’ont vu grandir. Quand ma petite sœur est née, la nounou s’occupait d’elle et moi je rentrais toute seule de l’école. Ensuite, on a déménagé rue des Martyrs et comme les filles le savaient elles me ramenaient à la maison. Le seul bar qui est resté intact et qui est un vrai bar maintenant c’est le Lipstick. Il a été refait mais toujours dans la même ambiance : les portes en velours, le hublot, la barre de pole dance.

Le corps est au cœur du projet : dans le texte et sur scène. Comment avez-vous travaillé cette présence corporelle en live ?
Goulwen : Diane c’est une panthère sur scène ! Tandis que nous, derrière, on est dans la musique et on danse dessus mais on est obligé de rester à nos postes et c’est aussi le rôle qu’on veut. Il y a deux layers en effet, celui de Diane et le nôtre.
Diane : On a travaillé avec des coachs scéniques. Et au début je ne voulais pas que Goulwen et Harold soient tout à fait derrière parce que je ne les voyais pas. Maintenant, au fur et à mesure, je les sens. Je me déplace vers eux, afin que Üghett ce soit vraiment nous trois. Il y a encore quelques gestes synchros, quelques trucs, qu’on peut améliorer dans ce sens.

Musicalement, comment faites-vous pour adapter le studio à la scène ?
Goulwen : Le travail qu’on fait en studio est facilement transposable à la scène. Ce qu’on veut, c’est lier les morceaux les uns aux autres comme une espèce de long DJ set avec très peu d’interruption. C’est la grosse différence avec l’écoute album. Et puis, bien sûr, il y a l’interprétation live, les choses qu’on ajoute, on réadapte, on pimp un peu et on a l’intention de le faire encore plus.
Diane : On a énormément travaillé ces phases de transition entre les morceaux. Quand t’as une nana qui chante, toi public tu n’es concentré que sur elle et ça fatigue. L’idée c’est d’avoir des phases vraiment instru où on est tous les trois à nos machines pour aussi pouvoir soulager le public et qu’il puisse prendre cette place pour danser et lâcher prise. Souvent, les gens ne se permettent pas de danser parce que, justement, il y a quelqu’un sur le devant de la scène qui prend l’espace et l’attention.
Goulwen : Ce qu’on fait c’est aussi vraiment taillé pour jouer tard, dans les codes du mix. Les morceaux sont mixés les uns avec les autres. C’est ce qui nous a donné le plus du fil à retordre pour le live et ce qui nous a aussi le plus libéré le plus sur scène.

« Reste qui tu es, sans te poser de questions. »

Si Üghett était une soirée, on y ferait quoi ?
Diane : On picole ça c’est sûr !
Goulwen : On bouffe bien de la charcut’ et du fromage !
Diane : Une partouze dans un bar à filles (rires) ! En tout cas, on a envie que les gens transpirent, dansent, s’aiment, se rencontrent, picolent. À la release party on avait des copines qui ont fait tomber le t-shirt. Ça fait plaisir ! Un vrai lâcher prise !

Si Üghett était une couleur ?
Goulwen : Mauve ? Pourpre ? Violet ?
Diane : C’est bien, c’est le mélange du rouge et du bleu, du chaud et du froid.

Si Üghett était un film ?
Diane : Pulp Fiction
Goulwen : Oui, c’est un bon mélange de plein de choses.
Diane : Ou Talons aiguilles d’Almodovar !

Si Üghett était un vêtement ?
Goulwen : Un harnais (rires).
Diane : Ça dépend des saisons. Un vêtement détourné en tout cas. Par exemple, à la release party j’avais une veste de costume d’homme que je portais en robe. Ou un accessoire, un harnais oui !

Si Üghett était un conseil ?
Diane : Reste qui tu es, sans te poser de questions.
Goulwen : Vas-y lâche-toi bordel !

Propos recueillis par Jeanne Cochin.
Merci à Florian de WebPromo et à Diane et Goulwen pour leur accueil.

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