Sand : le nouveau Balthazar en demi-teinte

CHRONIQUE – Les Balthazar ne font pas partie de ceux qui se la coulent douce et qui dépriment de la situation actuelle. Ils nous offrent généreusement un nouvel album, mais hélas notre soif d’eux n’est pas totalement étanchée…

Fans de la première heure du groupe belge, nous avons suivi de près ce qu’ils nous préparaient ces derniers temps. « Losers » Le premier single sorti en novembre dernier, s’accompagnait d’un clip tout à fait dans la veine du dernier album, Fever.

Les garçons y étaient héros d’un film de genre, une sorte de polars des années 1960, on était sincèrement contentes de les revoir heureux, en bande, toujours autant enclins au second degré et à l’esthétisme peaufiné. C’était donc plutôt de bon augure et nous étions impatientes de découvrir la suite.

Un teasing qui tombe à plat

« You Won’t Come Around » a suivi, plutôt sympathique lui aussi, notre enthousiasme et impatience demeuraient intacts. Hélas, maintenant que nous avons eu le week-end pour écouter l’album, ces deux titres étaient dignes de la bande annonce d’un film humoristique français.

On s’explique : en une bande annonce vous avez l’intégralité des bonnes vannes du film. Donc vous êtes déçus lorsque vous sortez de la salle car il n’y avait rien de plus à découvrir que les vannes de la bande annonce. Nous sommes (tellement, tellement) désolées, mais c’est la sensation qui demeure après plusieurs écoutes de Sand (PIAS). Il n’y a pas vraiment de tubes ou de titres qui accrocheront durablement notre attention.

Sand est à l’image de sa pochette finalement : un bonhomme rigolo au gros bide mou. Il attise votre curiosité, vous avez envie d’en savoir plus, mais vous ne repartez pas avec à la maison. Rigolo car il faut reconnaître que l’énergie qui se dégage de la majorité des titres est inversement proportionnelle à la nôtre actuellement.

On a envie de danser, chalouper, dès le premier titre « Moment », le plus Bathazaresque avec son successeur « Losers ». On y retrouve ce son de guitare dissonant, et pourtant délicieux si typique du groupe. Certain.e.s apprécieront la présence appuyée des cuivres, que l’on retrouve aussi sur « On A Roll » et « Hourglass ». D’autres, dont nous faisons partie, regretteront amèrement l’utilisation à outrance de la boîte à rythmes.

La boîte à rythme m’a tuER

Balthazar est un groupe à la chaleur humaine délicieusement contagieuse. Ok, on laissera sa chance à cet album en live mais aujourd’hui, dans nos oreilles confinées, l’ensemble est bien trop désincarné et glacial à cause de cet abus d’électro. L’espèce de liant humain qui fait l’essence de Balthazar, qui nous imprègne habituellement, nous rendant partie prenante de leur proposition, est ici absent, et de facto le charme n’opère pas. Même les chœurs féminins qui sont d’ailleurs nouveaux, n’arrivent pas à réchauffer l’atmosphère et accentuent plutôt le malaise en ne se fondant pas dans le décor. 

Cet album n’est pas mauvais, il n’est juste pas exceptionnel et à la hauteur de ces prédécesseurs. Cela n’empêche pas notre coeur de s’emballer pour la sensualité de « You Won’t Come Around ». Le regret semble être un des principaux thèmes des lyrics de ce nouvel opus, et nos cœurs de midinettes fondent forcément. Deux superbes chanteurs qui se relaient de leurs voix chaudes, pour nous susurrer à quel point ils regrettent leurs comportements de bad boys. Il n’en faut pas plus pour donner envie de pardonner et d’ouvrir grands nos bras amoureux. Les gourdes, on ne se refait pas !   

De la déception à l’agacement

On pardonnera donc la moitié des titres, les cinq ou six derniers qui n’arrivent pas à nous convaincre. Voire même nous irritent, comme « Leaving Antwerp » qui débute merveilleusement bien avec ce petit tête à tête entre Jinte et nous. Il aurait pu être le deuxième titre sexy de l’album que l’on aurait fait tourner en boucle, mais il se finit hélas dans des hurlements assez désagréables.

Idem pour « Powerless », les chœurs sont trop agressifs, quel dommage. À l’écoute de ce titre on se sent dans un club de jazz parisien cheap, ou en tout cas c’est comme ça qu’on imagine ces endroits enfumés, vous savez, où la serveuse est sans âge et plus à jeun depuis trop longtemps, où le piano joue le même morceau chaque soir, sans entrain et sans saveur. Voilà notre niveau de déception…

On espère que le confinement et l’éloignement physique probable entre les membres du groupe pendant la création de cet album, sont les seuls coupables de ce rendez-vous manqué. Sur scène nous n’avons jamais été déçues et surtout toujours totalement séduites par nos Belges préférés.

On veut croire que l’absence de chaleur humaine dont nous souffrons aujourd’hui n’est finalement que symptomatique de l’époque et pas du groupe. Il faut dire qu’avec Fever la barre était très haute, nous ne restons donc pas fâchées et attendons avec impatience la prestation live. Rendez-vous à l’automne !  

En tournée : le 4 novembre au Transbordeur (Lyon) et le 7 novembre au Trianon (Paris).

Crédit photo : Alexander D’Hiet