Ignea et la musique en temps de Guerre
CHRONIQUE – En pleine guerre en Ukraine, Ignea ne se laisse pas abattre et livre Monumental, un quatrième album aussi émouvant que percutant.
Depuis 2022, lors de leurs concerts, Ignea ne cesse de témoigner de la guerre menée par la Russie et des répercussions sur leur quotidien. Ils appellent aux dons en soutien du peuple ukrainien. Difficile de vivre de la culture en temps de guerre (économiquement et personnellement). Impossible aussi de comprendre ce que traverse ce peuple, à près de 2 000 km de la France. Ignea est là, pour nous le partager, à travers leur musique.
Darkness et Mélancolie
La structure d’un album est essentielle : il faut trouver une alchimie, afin d’obtenir une cohérence musicale et capter le public dès les premières notes. À cet égard, « Darkness » donne le ton. Cet album est mélancolique, associé d’un son brut (via une batterie aux accents doom). Le clip se révèle tout aussi saisissant. Tourné à Kyiv, il met en scène Helle Bohdanova, autrice et chanteuse du groupe, déambulant dans la capitale ukrainienne au milieu de bâtiments modernistes, témoins d’un futur qui n’a jamais pu voir le jour.
Ce futur brisé constitue la grande thématique de cet opus.
Alors que ces édifices — qui n’abritaient autrefois que les souvenirs innocents de la jeunesse des membres du groupe — sont désormais détruits par la guerre, ces images confèrent à la nostalgie une dimension supplémentaire, empreinte d’amertume. Il ne s’agit plus seulement de regretter le passé, mais de faire le deuil de ce qui est en train de disparaître, sous nos yeux.
Cette cassure se retrouve aussi dans « What Buildings Dream of » ou « I Am in Hell », avec des mélodies moins métalleuses et plus douces : « And so it goes / For shrines of concrete / Decaying testaments to neverwhere / What have we done / To dreams of buildings / Monumental cells ».
La voix d’Helle prend une autre dimension et nous émeut. C’est aussi cela le métal. Des pauses pour nous inviter à rêver.
Growl et Doom Métal
Outre ses moments enchantés, Ignea n’oublie pas pour autant ses racines : un métal puissant. Le travail du producteur danois Jacob Hansen (qui a collaboré avec Amaranthe, Epica, Delain, Arch Enemy ou encore Volbeat) donne à l’album toute son ampleur sonore.
« Dreams of Lands Unseen », premier single de Monumental, paru durant l’été, explore l’imaginaire de la guerre froide et la conquête de l’espace. Il évoque le rêve d’une société soviétique tournée vers un avenir radieux, dont les mosaïques, encore visibles dans les anciens pays du bloc de l’Est, demeurent les témoins silencieux.
Marching up, shaping forms of undefined
Planting banners and hopes for the mankind
Through hardships to the stars we shall ascend
Look into illuminator, here the final frontier bends
À l’image de « Dreams of Lands Unseen », « Presence of the Past » impose un ton brut, porté par une batterie infernale aux accents doom. L’album bascule alors dans une dimension industrielle. « Prefab » en est l’emblème, avec son intro très électro (qui nous rappèle une atmosphère berlinoise). Ce titre – dont on notera le featuring d’Andy LaPlegua, chanteur et leader du groupe norvégien Combichrist – a ce quelque chose d’ambiançant et promet d’être l’un des moments forts du groupe, durant leur tournée (Lundi 07 Décembre 2026 – 19h00, Le Petit Bain à Paris).
Autre collaboration notable, celle de l’Allemande Britta Görtz (Hiraes), sur « Harmony Manufactured ». Mêlant riffs incisifs et growl, voix mélodieuses et nappes de clavier, ce titre rend hommage au design industriel et au mouvement artistique allemand du Bauhaus.
У формі і в лінії
В точному кресленні
В будівлях, у літерах
В направлених векторах
В дрібних механізмах
У безмірі, в метриках
Безчасно бринить
Технічна естетика
Conclusion
Monumental est de ces albums empreints de nostalgie. Il ravive les souvenirs d’un monde qui n’attend qu’à redevenir plus beau et plus lumineux. Comme tant d’autres artistes, Ignea s’interroge sur ce mot et sa signification. La nostalgie est-elle la fin ou le début d’une ère ?

Monumental, d’Ignea, sorti le 23 octobre 2026 chez Napalm Record.
1. Darkness
2. Dreams of Lands Unseen
3. Presence of the Past
4. Prefab (feat. Combichrist)
5. What Buildings Dream of
6. I am in Hell
7. Between No Longer and Not Yet
8. Harmony Manufactured (feat. Hiraes)
9. Nadir
N’hésitez pas à aller soutenir le groupe, sur Patreon : https://www.patreon.com/cw/helleignea
