Safia Nolin à l’Astral 2000 : chantonner, rigoler et sangloter

COMPTE RENDU – En amont de Coup de cœur francophone, Safia Nolin donnait rendez-vous à l’Astral 2000. Trois soirées d’affilée pour interpréter ses fameuses reprises. On ne voulait manquer ça pour rien au monde.

On avait HÂTE. Les albums de reprises de Safia Nolin (surtout les deux premiers volumes, le dernier étant sorti cette année) ont été pour nous, une porte d’entrée royale vers la culture pop québécoise. Gabrielle Destroismaisons, La Chicane, Julie Masse, Eric Lapointe, Offenbach ou encore Les BB… Safia Nolin a en quelque sorte été notre curatrice personnelle des classiques keb version emo-folk triste. Et ce n’est pas rien. Il nous fallait son talent de réinterprétation pour découvrir et aimer toutes ces chansons. D’ailleurs, on a plein de souvenirs rattachés à nos découvertes des titres originaux une fois au Québec. Mais a priori vous préférez qu’on vous parle de la soirée plutôt que de notre memory’s lane personnel. (Quoi que parfois cocasse, mais là n’est pas le point.)

Nostalgie 2000

À l’occasion de Coup de cœur francophone, trois dates (complètes) à l’Astral 2000 ont été organisées en amont du coup de départ officiel du festival le 5 novembre prochain. Sincèrement, on ne voulait vraiment pas manquer ça. C’est donc un peu avant 20h qu’on entre dans le bar-karaoké de la rue Ontario. Des flippers et une table de pool nous accueillent. Plus loin, des néons bleu et une lumière rose-rouge flash arrosent le fond de la salle où une bonne moitié du public est déjà assis au sol. L’Astral 2000 porte le nom de l’emploi, un bar hommage aux années 2000 avec kitsch assumé. Parfait pour le programme de la soirée.

Sur une mini estrade au fond, deux chaises et deux pieds de micro sont installés. On attend patiemment Safia Nolin et Marc-André Labelle, son ami et fidèle guitariste-accompagnateur. Derrière, un écran serti d’une fausse télé en carton diffuse des images aléatoires. Des Simpson à une boucle de Safia qui regarde Occupation Double. Pas de première partie, juste deux guitares, quelques effets de voix et de la réverb. Le spectacle durera quasiment 2h. Pour couronner le tout, une guirlande « Bonne fête Kévin » a été accrochée au-dessus de la scène. Pour les non-Québécois, on vous met le lien de ce plan-séquence viral de 2008.

Noémie Laniel, programmatrice du festival nous prévient dès son petit discours d’introduction : Safia est drôle. On assiste à un concert, mais également à un spectacle d’humour en prime. Que celle ou celui qui sait résister aux vannes et aux prises de parole spontanées et désopilantes de Safia lève la main. Nos mains à nous sont bien rangées.

« Est-ce que je parle trop ? »

Une fois sur scène, et avant toute chose, Safia Nolin veut s’assurer que tout le monde est bien installé. À la bonne franquette, les gens par terre se tassent pour faire plus de place aux gens désireux de s’asseoir. Une dame moins jeune qui voulait une chaise s’en fait offrir une, et même deux. L’artiste est tout sourire et nous fait sentir comme chez elle. En bonne hôtesse, elle s’assure donc du confort de chacun et veille au (bon) déroulement de son spectacle, assistée de Marc, habitué aux digressions de Safia.

« Est-ce que je vous parle trop ? » « Hésitez pas à chanter, d’habitude personne ne connaît mes chansons », s’amuse-t-elle. Pourtant, lorsque le public fait chorale en écho au refrain de « C’est zéro » (comme dans la version originale de Julie Masse), Safia gênée, tire avantage de la situation avec beaucoup de second degré. « Qui a fait ça ? » La coupable auto-désignée est autorisée à poursuivre. Mais pas sur « J’ai toujours eu peur des matins sans couleurs… sans couleurs… sans couleurs », car là ça devient bizarre. Rires dans l’Astral.

« Si exceptionnel », « D’amour ou d’amitié », « Calvaire », « J’ai demandé à la lune », « Tu t’en vas »… les têtes dodelinent, les lèvres murmurent les paroles et les rires fusent. La chaise de Marc claque sur la scène et fait peur à Safia. Le livestream bug, une grande pinte de bière est renversée créant un entracte voyant une sorte de procession de rois-mages armés de papier toilette. Et Marjorie du public est invitée par Safia sur scène pour faire un bruit de bouche incroyable (filmé pour ses archives personnelles)… Difficile de vous raconter cette soirée sans écrire l’abject « vous n’aviez qu’à y être ». Et on vous passe les fou-rires sur la rencontre inattendue de Safia avec Mme Dion (mère de Céline), sa passion pour OD et STAT, ou son décryptage très personnel de « Bonne fête Kévin »…

Plaisirs non-coupable

Ce n’est pas la première fois qu’on voit Safia Nolin sur scène. Mais c’est la première fois qu’on a la chance d’écouter autant de ses covers. Un vrai plaisir non-coupable ! La veille, 5000 personnes (selon Safia) remplissaient l’Astral 2000, et Pomme venait aussi chanter avec elle « Sous le vent ». Ce mercredi, on a le droit à « Seul », la chanson du presque chanteur masqué Garou, mais aussi à « Loin d’ici » des Trois Accords et « Tu ne sauras jamais » des BB, une de nos préférées. Mais pas à « Loadé comme un gun » d’Eric Lapointe de son volume 1, car Safia est woke et l’assume (voir article de La Presse sur le sujet).

C’est un bon gros cliché de dire que le public était en harmonie avec l’artiste, mais là on était en plein dedans. Assis, debout, si proches, à chantonner les paroles discrètement ou à pleins poumons, à sourire et s’esclaffer ensemble, la soirée était délectable. Pas de rappel, car Safia hait ça, mais deux chansons d’elle (dont la très belle « ET SI, DE / main l’oiseau ») suivies de la sublime « Va t’en pas » de Richard Desjardins qui nous fait monter les larmes aux yeux. Mission accomplie, on a chantonné, rigolé et sangloté. Merci Safia pour cette soirée du réconfort.

Crédit photos : Emma Shindo