La Bellevilloise, Le China…l’enfer des « restau-concerts »

Je n’aime pas trop la Bellevilloise. Pourtant j’y suis allée pas mal de fois. A chaque fois je jure que c’est la dernière. Mais quand des gars comme Kristov Leroy, Gael Faure ou KidWithNoEyes sont programmés, je ne réfléchis pas longtemps. J’y vais.

J’y vais, et puis je bous.

Quand tu pénètres dans la Halle aux Oliviers, une hôtesse aussi aimable qu’une caissière Franprix t’accueille en te regardant droit dans les yeux, mais en ne prononçant aucun mot. Les minutes « je-te-regarde-tu-me-regardes » paraissant interminables. Tu ‘y mets fin. « Bonsoir, je viens pour le concert« . « Juste pour le concert ? (ton dédaigneux). J’ai plus de tables, va falloir se mettre au bar…mais je n’ai plus de place non plus« .  Évidemment. Quand tu veux écouter de la musique dans de bonnes conditions, c’est bien connu, tu ne te mets pas face à la scène, mais au bar. Evi-dem-ment. Tu dis merci à la charmante hôtesse de t’avoir (pas) bien accueilli et tu ‘essaies de te trouver un endroit ou t’asseoir. Les tables sont tellement serrées les unes aux autres que traverser la salle relève du parcours du combattant. Tu essaies de pas renverser les verres de vin avec son sac, et tu évites que les manches de ton manteau fassent trempette dans les assiettes de magret de canard.

Pas de place près de la scène, de toute manière les tables sont aussi collées à l’estrade. Oh, un pot de fleur géant au fond de la salle. Tu y installes ton arrière-train. Ce pot à olivier servira d’observatoire, il sera ta tour de contrôle. De là, tu vois quasiment toute la salle. Tu entends la rumeur des conversations. Une femme aux cheveux bouclés raconte qu’elle était à Marrakech la semaine dernière. Un monsieur plus loin parle de Patrick Watson. Un autre fait une déclaration d’amour à sa dulcinée. Tout ça entre deux coups de fourchette. Sur scène, le musicien tente d’attirer l’attention des affamés. Quelques uns lèvent la tête, d’autres écouteront d’une oreille distraite en attendant que leurs assiettes daignent arriver (attendez entre une demi-heure et 45 minutes).

De ton pot de fleur tu n’entends pas grand-chose de ce qu’il se joue. Tu t’avance, te collant à l’escalier qui mène à la mezzanine de la Bellevilloise, gêné par les aller-retour incessants des serveuses (elles aussi très aimables). Si on entend mieux les belles chansons du garçon en revanche on a en retour le brouhaha constant de la salle, le même que celui d’une cantine scolaire. Tu te mets un instant à la place du chanteur et tu as encore plus de respect pour lui. Tu regardes cette assemblée indifférente et tu te dis qu’à sa place tu aurais sans doute jeter l’éponge, et la guitare aussi. Comme si, cela n’était pas assez difficile, voilà que l’alcoolo de service fait son apparition. Il monte sur la scène derrière le chanteur, pour prendre une photo, en profite pour lui offrir une bière, l’interpelle, se cogne à son micro. La totale.

Clairement, la Halle aux Oliviers (et les autres types de salle-restau-concert) est une aberration. L’endroit est joli, les plats pas mauvais (mais chers), mais clairement pas adapté pour des concerts. Le musicien joue mais personne l’écoute. Il est un jukebox. Mieux qu’un disque. Celui qui veut écouter n’entend pas. Celui qui mange est dérangé par le troubadour de service et de ce fait doit hausser la voix pour se faire entendre.

De plus en plus, j’ai cette désagréable impression que les groupes et musiciens ne sont là que pour l’ambiance sonore. Que ce soit dans les endroits comme la Bellevilloise ou le China. Quant aux clubs et petites salles parisiennes, cela fait un bail qu’elles remplissent davantage leurs rôles de bars et de moins en moins celui de salles de concerts. La Flèche d’Or est indifférente, l’OPA Bastille insupportable tout comme le Bus Palladium, espèce de Cat Walk hype où l’on vient pour se montrer pas pour écouter. L’International est devenu insupportable depuis que la salle du haut à gagner quelques m²… Mais alors, quand on aime vraiment la musique et les concerts que reste-t-il ?

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Une pensée sur “La Bellevilloise, Le China…l’enfer des « restau-concerts »

  • 16 janvier 2013 à 8 h 51 min
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    La question à se poser est aussi la suivante:
    « Quand on souhaite se faire connaître et jouer sa musique, que reste-t-il ? »

    Des péniches/ salles à louer où personne ne mettra les pieds car le lieu est has-been et où, en plus, il faut payer entre 10/ 15€ quand on ne souhaite écouter qu’un groupe sur 2/3 programmés car certains s’improvisent programmateur en abusant de la naïveté de certains musiciens, prêt-à-tout pour faire connaître leur musique? Et ces dits-programmateur de fortune qui se remplissent les poches de quelques euros et ne vous payent pas ou très très peu sous prétexte qu’ils organisent?
    Jouer dans des bars au chiffre d’affaire bien gonflé, contre 3bières et un hachis-parmentier en plein été?
    C’est bien connu, le loyer se paye en litrons de bibine.
    Et effectivement, l’artiste est le jukebox des années 2000 et malheureusement, certains acceptent ce nouvel esclavagisme.
    Passer sa vie à jouer en 1ère partie de grand groupe pour 100€ à la clé sous prétexte que le tourneur tente de vous convaincre que ça vous apportera un nouveau public? Ce qui est totalement faux au passage, vous faîtes juste office de coupure-pub Jambon de Pays entre 2 épisodes de Louis la Brocante.
    Ëtre musicien aujourd’hui, c’est être homme d’affaires + concepteur/ rédacteur + créatif + créateur. Certains l’ont compris, sortent leur EP quand ils n’ont encore aucun public, aucune identité visuelle, aucune charte graphique mais ont par contre un égo démesuré. Ceux là n’iront pas bien loin.
    Et il y a les autres, les doux rêveurs pour qui « chanteur= produit= image » ne parlent absolument pas et ne se rendent pas compte à quel point l’industrie du disque/ musicale est féroce. Qui dit industrie dit produit. Qui ne s’est jamais fait avoir en achetant au Monop’ LE nouveau shampooing pour son packaging, le dernier yaourt… ? Personne.

    Alors aujourd’hui que reste-t-il pour apprécier des concerts dans de bonnes conditions pour le public et les artistes en devenir?
    Pour les limonadiers, vous n’êtes que du papier-peint.
    Et les petites salles vous assimilent comme de l’enduit de rebouchage à prise rapide.

  • 22 janvier 2013 à 21 h 19 min
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    Je suis artiste, blabla, alors je me permets de poser ma bafouille.

    Vaste débat ! Terrain miné sur lequel s’avancer d’un poil prête toujours à confusion entre le « on s’adapte » et le « on lutte ».

    Malheureusement, ce que propose la Bellevilloise est la moins pire occasion offerte sur Paris de se faire entendre par un public nombreux, en formation folk. Un public pas attentif, oui, mais beaucoup (type Gainsbourg) ont commencé en faisant fond musical jusqu’à trouver le bon appui vers une vraie notoriété, et c’est pas la hargne qui leur manquait. Pour connaître l’asso qui prend en charge les Folkfest, je peux dire que l’accueil de l’artiste et ses conditions de jeu sont honnêtes et intéressantes. Après, oui, c’est pas un lieu d’épanouissement, on gratte la guitare entre deux tintements de couverts, on subit les discussions animées (autant comme artiste que comme public qui voudrait écouter), et le lieu se nourrit de sa hypitude pour des fois regarder les gens d’en haut.

    Je reste convaincu que cette occasion de jouer n’est pas mauvaise, peut-être carrément formatrice pour s’imposer face à un public pas forcément acquis. Entre lutter et s’adapter quoi.

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