Reptile Youth : « Pendant l’un de nos concerts la scène s’est effondrée »

Premier jour de pluie depuis des semaines, première fois au Nüba, premier concert français des Reptile Youth, c’était un peu une soirée pour l’interview des premières fois avec Mads (chant) et Ebsen (basse) les deux danois de Reptile Youth. Je vous raconterai bien qu’on a fait une grande partie de l’interview entre deux bains suédois sous une lampe chauffante avec des fêtards en maillots de bain qui passaient à côté de nous, mais ça je le garde pour mes cassettes personnelles. Les deux garçons d’une extrême gentillesse et d’une grande générosité se sont prêtés au jeu avec enthousiasme.

reptile youth

Votre première rencontre ?
Mads : Est-ce que tu te souviens de la première fois qu’on s’est rencontrés ?
Ebsen : Bien sur que je me souviens de la première fois que je t’ai vu ! C’était une soirée vraiment bizarre. On était tous les deux dans ce petit club à Copenhague, Mads jouait alors dans un groupe africain et moi dans un projet électro.
Mads : Je chantais vraiment des chansons africaines, c’était un peu étrange. Je ne me rappelle pas ce que je chantais exactement, je prononçais juste les sons que j’entendais, ce qui me paraissait bien sur le moment. Il a vu mon concert et moi le sien, c’était la première fois qu’on se rencontrait.

Votre première répétition ensemble ?
Ebsen : Début 2009, fin 2008.
Mads : Il me semble que c’était dans l’ancien appartement d’Ebsen, dans sa chambre. Je ne m’en souviens bien, tu avais cette petite terrasse qui n’en était pas une. C’était plus une fenêtre…
Ebsen : … de prison !
Mads : Presque une terrasse. C’était la première fois que l’on faisait de la musique ensemble, c’était sympa.

Votre tout premier concert tous les deux ?
Ebsen : Ça par contre je ne me souviens pas. Mais on est allés voir nos groupes réciproques et ça compte. Le seul concert qui me revient à l’esprit c’était celui d’Arcade Fire.
Mads : J’allais dire la même chose ! Ce n’était pas au début début, mais c’est effectivement le premier concert que je me souviens avoir fait avec Ebsen.
Ebsen : D’ailleurs un an après, nous jouions à Montreux, et notre concert avait lieu le même soir que celui d’Arcade Fire. C’était un peu bizarre car on avait des billets pour aller assister à beaucoup de shows, sauf celui d’Arcade Fire qui était spécial. En fait c’était surtout très cher. A la moitié du concert on s’est rendu compte qu’il y avait encore des vendeurs qui bradaient des tickets devant l’entrée. On s’est dit « allez ! ». On entre, on s’attend à une atmosphère rock avec ce grand groupe qui vient de loin ; le public est exclusivement suisse, des femmes qui ont traîné leurs maris, raides avec un verre de vin à la main. Nous on se dit qu’il faut qu’on aille tout devant et ces femmes nous prennent à partie : « qu’est-ce que vous foutez, vous ne pouvez pas faire ça ! ». On était à concert de rock, bien sur qu’on pouvait faire ça ! Du coup on a du gérer pas mal de querelles.
Mads : On dansait, on sautait, alors que tout le monde était genre …
Ebsen : … « Mais vous m’avez fait renverser mon vin ! » (rires).
Mads : Malgré ça c’était un bon concert, je me souviens qu’ils avaient joué en dernier « Wake Up » mon morceau préféré.

Le premier album que vous avez acheté ?
Ebsen : Le premier album que j’ai acheté était la bande-son d’un film pour enfants danois.
Mads : Mais quel était le premier album international que tu as acheté ?
Ebsen : Ma première cassette était Genesis Greatest Hits.
Mads : Le premier CD que je me suis acheté était le Greatest Hits 2 de Queen. Je l’ai beaucoup écouté, ma chanson favorite était « Bicycle Race » (il se met à la chanter).
Ebsen : A chaque fois que je vais au Maroc les gens me disent :  » Hey, Freddy Mercury ! »
Mads : Tu lui ressembles un peu … c’est la moustache.
Mads : Epargne moi ça !

Sinon, des guilty pleasures ?
Mads : Toi tu as des choses à dire Ebsen !
Ebsen : Je pourrais en parler toute la soirée … J’ai été plutôt obsédé par Sash dans les golden years de la dance. Il avait une chanson qui s’appelait « Ecuador » …
Mads : Tu aimes aussi Calvin Harris !
Ebsen : C’est vrai j’aime bien Calvin Harris, mais ce n’est pas un guilty pleasure, c’est juste de la bonne pop musique.
Mads : Il y a aussi Beyonce. Parfois il dance sur « All the single ladies, all the singles ladies » (Ebsen rigole).
Ebsen : Je trouve que le nouvel album de Beyonce est plutôt bon en fait.
Mads : Pour ma part j’adore Kanye West mais je ne sais pas si ça compte. Et puis sinon … U2 ? Mon père en était fan, du coup même si je trouve qu’ils sont mauvais il y a quelque chose de nostalgique pour moi dans leur musique.

La première chanson que vous avez écrite ensemble ?
Ebsen : C’est une chanson qui s’appelle « Speeddance ».
Mads : C’était celle-là la première ? Waoh. Et « Jesus » ?
Ebsen : Ouais en fait tu as raison, mais elle était pour un autre projet.
Mads : Donc pour résumer, notre première chanson était bien « Speeddance », je ne m’en souvenais même pas. On la joue encore, ce soir notamment !

Votre première fois en France ?
Ebsen : Ma première fois à Paris c’est quand je faisais de l’auto-stop jusqu’à Barcelone avec un ami, on faisait du couch-surfing. On a voyagé avec ce camionneur qui partait du Danemark jusqu’à Paris, donc en un arrêt on y était, et on avait même eu le droit de dormir derrière son camion ; du coup on est arrivés tout frais et prêts pour faire la fête, car en fait on est arrivé le 14 juillet ! On a passé un très bon moment.
Mads : Quand j’étais petit j’ai passé pas mal de mes vacances dans le Sud de la France en famille. Ma première fois à Paris a eu lieu grâce à InterRail. Avec deux amis on s’est arrêté à Paris, on a mis nos affaires dans les casiers d’une gare puis on est partis faire la fête. On a dormi en face de la basilique de Montmartre, sur la pelouse, et on s’est réveillé bourrés.
Ebsen : Si la météo change, on se le refait ce soir !

Premier groupe avec lequel on vous a comparés ?
Ebsen : La première comparaison que j’ai été amené à apprécier est sortie de la bouche d’un gars en Chine qui nous a dit : « vous me faîtes un peu penser à The Raptures ». Je ne connaissais pas les Raptures à cette époque là, mais après ça je les ai écoutés. C’est cool.
Mads : C’est vrai que beaucoup de gens ont dit ça.

Votre tout premier concert en tant que Reptile Youth ?
Mads : Je crois qu’en fait on peut parler de deux premiers concerts. On avait invité tous nos amis. Même chose pour le second. Le premier a eu lieu au Danemark, le deuxième en Chine. Le troisième était aussi en Chine. C’était très spécial parce qu’il devait y avoir 500 personnes et on se disait « woh ! 500 ! C’est incroyable ! ». On était vachement impressionnés.
Ebsen : Avant ça on était plutôt habitués à jouer dans des maisons de la culture à Copenhague où l’on vit, donc c’est vrai que c’était génial de jouer à Shanghaï.

Sur la scène du Nüba
Sur la scène du Nüba, le calme avant la tempête.

Quand vous entrez sur la scène, la première chose que vous faites ?
Ebsen : Mads dit toujours « Yeah ! » [et en effet il l’a fait plus tard lors de leur concert ndlr]. Et moi j’allume ma basse.
Mads : Je danse aussi un peu en arrivant sur scène, tout en marchant, puis je commence à chanter. C’est pour me mettre dans l’ambiance.

Vos meilleurs souvenirs sur scène ?
Ebsen : Le meilleur et le pire s’est déroulé à un festival belge un peu underground, leur organisation aussi était un peu « underground » car ils ne savaient pas trop bien comment organiser. La nourriture était délicieuse alors que la scène n’était pas top. En apparence avec son plancher elle avait l’air bien, sauf que le bois qu’ils avaient utilisé était très fin. Mads était en train de sauter partout pendant notre concert et à un moment le sol s’est effondré.
Mads : Je sautais depuis la batterie, j’ai atterris dans les lattes avec le micro.
Ebsen : J’étais très inquiet qu’il lui soit arrivé quelque chose, qu’il se soit cassé le jambe. Finalement il s’est extrait du trou, dansant …
Mads : (rires) Sinon parfois quand je suis sur scène, je m’arrête et je regarde la foule. Je peux le faire ce soir, n’importe quand. Et je me dis « qu’est-ce que c’est que cette vie, je fais un concert dans une salle française » et c’est juste surréaliste. Surtout à nos débuts je me disais « waouh, je ne peux pas y croire ! ». C’est finalement très magique, presque comme un rêve, ça ne peut pas être vrai. Ces moments là sont très forts pour moi, et ce sont là mes meilleurs souvenirs.
Ebsen : Ca me fait aussi penser à la fois où nous étions invités à jouer au Roskilde Festival, il y avait tous nos amis. Et tu sais, quand un festival aussi important, le meilleur au Danemark, t’invite, tu as l’impression de faire partie de l’équipe nationale de foot. On était tellement fiers.

Première chose que vous faîtes en sortant de scène ?
Ebsen : Je bois de l’eau.
Mads : Je me cherche un endroit où il n’y personne pour venir me parler, pour avoir un peu de calme, mon endroit à moi.
Ebsen : Et où comptes-tu te mettre ce soir ? [le Nüba est plutôt rempli et ne regorge pas de petits recoins calmes ndlr]
Mads : Je vais me cacher !
Ebsen : Je viendrai te coller (rires) !

Première critique qui vous a fait de la peine ?
Ebsen : C’était une critique rédigée par cette sale … dans un grand journal danois. En fait c’est la petite-amie d’un éditeur d’un magazine de musique qui, apparemment, ne nous apprécie pas. Et donc elle ne nous aime pas non plus, elle a juste écrit des trucs pourris.
Mads : En fait c’était un live-report, et le truc c’est que lorsqu’on joue en live, on a toujours, toujours eu de bonnes critiques. C’est vraiment rare que les gens n’aiment pas nos concerts, parce qu’on adore faire ça. Elle nous avait mis 2 sur 6 et avait dit que c’était « a lot of fun without meaning », quelque chose comme ça. Mais parallèlement un autre magazine nous avait mis 5 sur 6, donc on s’est dit que finalement ça allait.

Quelle relation entretenez-vous avec le style, les apparences … ?
[Mads ne porte que du blanc de la tête au pied durant l’interview nldr] Ebsen : C’est toujours important d’être beau sur scène (rires) ! Elle est difficile cette question !
Mads : La musique qu’on écoute maintenant est affectée par un certain nombre de facteurs extérieurs, comme les clips, les interviews, la manière d’être sur les photos … Tout cela a un impact sur la façon d’écouter. Nous on le sait, et c’est vrai que l’on aime bien jouer avec nos visuels. C’est comme les Beatles, les Rolling Stones qui étaient très attentifs à leurs apparences, mais aussi à l’image qu’ils véhiculaient. Donc oui, c’est important de s’exprimer avec plus que seulement des sons, car la musique c’est justement plus que ça, c’est la façon dont tu danses, ce que tu dis…

Et sinon vous nous conseillez quoi en musique danoise actuelle ?
Ebsen : Il y en a beaucoup ! Trentemøller fait des trucs cools en électro. On peut parler de , et peut-être que tu connais déjà WhoMadeWho ?
Mads : Sinon au Danemark on a une bonne scène punk, avec Ice Age et Lower, deux très bons groupes. On aime beaucoup The Raveonettes qui est plus « gros rock » et il y a également nos amis de Rangleklods. Enfin en électro on peut mentionner Broke un groupe qui fait de la bonne musique.

Un dernier mot pour la route ?
Ebsen : J’ai vraiment hâte de jouer ici à Paris. Je ne dois pas le dire assez …

***

Et en effet, leur concert au Nüba sera complètement dément entre mouvements de danse endiablés, saut dans le public, transe et gros sons rocks. Reptile Youth est devenu grand (clavier, guitare et batterie), une formation puissante et franchement convaincante. Plutôt limitée par les enregistrements studio, leur musique explose littéralement en live, et prend une toute autre dimension  psycho-électro-possédé absolument exaltante ! Comme quoi on ne le dira jamais assez, mais le live c’est la vie. Ceci était le mantra du jour.

Deux garçons à voir absolument lors de leur prochain passage, si vous ne les croisez pas en train de roupiller vers minuit au pied de Montmartre. Mange tak !

Propos recueillis par Emma Shindo

 

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