On y était : Matt Corby au Trabendo

20h00. Un texto m’annonce que la soirée a déjà commencé. Je suis à Boulogne, dans ma tour de verre et d’acier. Ma journée de boulot s’achève à 21h. Pour reprendre les mots d’une bimbo bien connue de toute la France « je suis au bout de ma vie ». L’application RATP me dit qu’il faut 58 minutes pour rejoindre le Trabendo. Ce soir-là, il y Matt Corby qui y joue. Et Matt Corby, c’est l’un de mes artistes favoris que je n’ai pas encore eu la chance de voir en concert. L’Australien se fait très rare en France et les fois où il était à Paris, je l’ai loupé. Cette fois, je voulais pas. Mais, en calculant bien, je me dis que je vais arriver pour le rappel si j’ai de la chance. J’en ai eu un peu car en sortant de ma tour, à 21 heures j’attrape un Uber et en moins de 30 minutes j’arrive porte de la Villette. Pile au moment où il chante en solo, avec sa guitare électrique et ses pédales « Monday ». Je me pose dans le fond de la salle j’écoute ce morceau et instantanément mon âme est apaisée. Les battements de mon cœur ralentit et mon pouls retrouve un rythme normal. La voix de Matt Corby c’est un remède au stress, à la peur, à tout. Tout le concert d’ailleurs.

Il présente son premier album, Telluric. Un album né dans la douleur. Non, ce n’est pas vraiment le terme. C’est l’album d’un artiste qui refuse toute concession quitte à prendre des années pour lui donner naissance. Après une première version qui ne lui a pas plu, il a décidé de tout reprendre à zéro. Tu te rappelles du film Inside Llewyn Davis ? Je t’en parle souvent mais j’y pense à chaque fois que je rencontre dans la vraie vie des artistes qui ne veulent pas se soumettre aux codes et aux carcans musicaux pour respecter leur propre vision globale. Matt Corby c’est Llewyn Davis des temps modernes. C’est Dave Van Ronk, c’est plus le magnifique que le loser. Avec sa chevelure blonde façonnée par l’eau salée de l’Océan. La peau hâlée, la vague foisonnante. Quand tu le regardes, tu penses à ses acteurs d’une beauté surnaturelle de la série Viking. Mais c’est surtout l’artiste intègre et talentueux qui refuse de sacrifier sa musique sur l’autel de la pop music. Et si tu penses que c’est une bêtise. Non. Parce que le Trabendo est blindé. Surpeuplé et le public connaît les paroles, accueillent les chansons avec des cris et des applaudissements. Et si tu te poses la question, non il n’y avait pas que des filles dans la salle. Les garçons sont aussi présents en masse et on les entend chanter autant que les filles sur le titre « Brother » et « South Lady Wine » notamment. Prendre des photos à bout de bras avec leur smartphone. Vibrer et balancer la tête sur le folk-soul teinté de blues de l’Australien.

Le chanteur et son band ne resteront sur scène qu’une petite heure et quelques brouettes. On ne voit pas le temps passé, les titres s’étirent en longueur pour s’éteindre après de longues et agréables minutes où seuls les instruments s’expriment. Tu peux rentrer doucement dans l’ambiance de la chanson, fermer les yeux, te laisser porter par la palette vocale impressionnante de Matt Corby : sa voix tutoie les aigües et les graves (d’un crooner) avec une facilité déconcertante. Quand une chanson s’arrête, aucune frustration parce qu’elle se meurt au bout moment. Si, une frustration  : au merchandising, impossible de se procurer le vinyle du garçon. Il va falloir patienter deux mois pour qu’il arrive sur les étales des disquaires français. Avec Matt Corby, on prend son mal en Ce n’est pas plus mal. On apprend l’art du slow life. Ce n’est pas plus mal.

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SETLIST : BELLY/KNIFE EDGE/DO YOU HARM/RESOLUTION/WRONG MAN/MONDAY/SOOTH LADY/TRICK/OH OH OH/BROTHER/SOULS/WHY DREAM/EMPIRES

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