Asaf Avidan : « Le folk, c’est donner plus de crédit aux mots qu’à la mélodie »

INTERVIEW – À l’occasion de la sortie de « The Study On Falling », Rocknfool a rencontré Asaf Avidan pour une entrevue à cœur ouvert.

Après un album aux styles multiples, Asaf Avidan a effectué un retour aux sources, comme on dit, en fabriquant un album plus folk, plus « américana » : The Study On Falling. Un album débarrassé d’arrangements superflus où la voix prend le dessus et les mots plus pesés les uns que les autres. Mélancolique, intime, intimiste. Dans The Study On Falling, le chanteur parle à cœur ouvert de cette relation à trois, de ses maux et ses démons, de ses histoires personnelles. On a longuement parlé avec Asaf Avidan de cet album, de l’histoire qui a précédé l’écriture de cet album dans une interview fleuve, comme on dit.

Avant de commencer, question simple : comment ça va ?
Très bien, merci. Je fais pas mal d’interviews et, ne le prend pas mal, je me sers un peu de vous comme mes thérapeutes personnels.

Je jouerai le rôle d’Oprah et ça commence tout de suite puisque j’aimerai que tu me parles du titre de l’album The Study On Falling, très poétique mais aussi très mystérieux…
(rires) Tu veux la réponse courte ou la réponse longue ?

Celle qui sera la plus appropriée.
Très bien, tu l’auras voulu. Il faut d’abord que je te parle du contexte et de mon album précédent, Gold Shadow. C’était clairement un album de rupture, il est arrivé après une très longue relation monogame. Et quand elle s’est terminée, ce n’est pas que je me suis senti perdu ou rempli de désillusion à propos de cette relation particulière, mais à propos de toutes les relations monogames. Je trouvais qu’il y avait une espèce de fatalité, un obstacle insurmontable. Tu vois, c’est comme un soleil, très chaud, plein d’énergie, un soleil qui ne se couche jamais parce qu’on sait d’où vient son énergie… mais on sait aussi, qu’au final, il va s’éteindre. (rires) Après cette relation, j’ai rencontré une autre femme qui m’a fait découvrir d’autres perspectives, des connexions et des façons d’aimer aussi. Je suis à court de mot pour expliquer la nature de ce genre de relation, je dirai que c’est de la polygamie mais cela peut comprendre une myriade de choses différentes. Mais pour moi, c’est mettre de côté la notion de « possession » et tu ajoutes un autre degré d’honnêteté envers l’autre. Je n’avais jamais été à ce niveau-là d’honnêteté et pourtant je suis une personne très honnête. Mais pour être capable de dire à une personne « je t’aime, je te veux et je veux être avec toi mais je veux aussi autre chose« , c’est quelque chose qui va à l’encontre de ce que je pense être l’empathie parce que cela peut être blessant. Et je le sais, parce que je l’ai vécu. Je sais que ça peut être dévastateur et humiliant, ça provoque un sentiment d’invisibilité et de la peur. Quand tu es dans une relation monogame, la peur peut très vite devenir de la colère. C’est ça la jalousie, c’est de l’insécurité qui se transforme en colère contre l’autre personne. Quand tu es autorisé à être avec plusieurs personnes, ça efface cette notion de jalousie, les reproches disparaissent et tu expérimentes d’autres sentiments. Avec cette fille, nous avons essayé différentes façons d’être, c’était la base. Après un an de relation, nous nous sommes séparés, je me suis dit, c’est la dernière fois que je vais voir cette fille. Nous vivions à Berlin, j’ai pris un avion pour retourner à Tel-Aviv, j’ai pris un appartement, il y avait un balcon… et je me rappelle avoir regardé en bas, et pour la première fois depuis très longtemps, je me suis dit « peut-être que je vais sauter ».

Tu as vraiment eu cette pensée ?
Oui… Mais je savais que je n’aurais pas le courage de le faire, mais je l’ai sincèrement pensé. Je ne voulais plus exister, je voulais démissionner de la vie, ne plus ressentir ce genre de douleur et de désespoir. Mais une semaine plus tard, on a trouvé un moyen de se remettre ensemble et après beaucoup de discussions, nous avons décidé de retenter le coup et quelque chose de très surprenant est arrivé. Nous avons rencontré une troisième personne (Blue) et nous trois avons testé une autre expérimentation. C’est juste avant ce moment, dans cet appartement à Tel-Aviv, que j’ai pris ma guitare et j’ai écrit pour la première fois depuis très longtemps. Pendant un an et demi, je n’avais rien écrit, je pensais que je n’allais plus jamais écrire… le vieux délire de l’artiste, tu vois ? Bref, « The Study On Falling » est arrivé à ce moment-là. Elle s’est écrite toute seule. Un matin, le ciel était embrumé, je m’étais réveillé seul chez moi, une histoire que je connaissais déjà… Et « The Study On Falling«  est venu. Le titre de l’album m’est aussi venu grâce à un spectacle que j’ai vu. Une artiste de l’univers S&M qui fait des performances avec des cordes, inspirées du bondage, et son spectacle s’appelle The Study On Falling. Elle a un magnifique texte, publié sur son site, en anglais et en français, à propos de la gravité, elle raconte que du moment où l’on naît, jusqu’au moment où l’on est arraché de la Terre, on est écrasé par le poids de cette gravité, et cela fait travailler nos muscles à chaque minute, à chaque seconde de notre existence. On doit lutter physiquement contre cette gravité. Et dans le spectacle, l’artiste suspend des modèles à des cordes pour étudier les différentes formes de chutes et elle dit qu’elle élimine la peur de s’écraser en suspendant les personnes à des cordes. Et quand tu élimines cette peur, tu peux étudier cette idée de tomber… Oh regarde, ça me donne la chair de poule rien que d’en parler, je pense que c’est exactement ce qui nous reliait, nous trois dans cette relation. Trois adultes cherchant des connexions et le bonheur. Nous avons décidé de poser nos cœurs, de se débarrasser de nos problèmes d’insécurité. J’ai trouvé que c’était la chose la plus brave à faire pour l’idée d’amour, c’est pour ça que j’ai dédié ce titre à cette relation. (rires) Waouh, c’est une très longue réponse, je suis désolé !

C’est très intéressant, mais j’ai une question : trois personnes, ce n’est pas aussi trois fois plus de drames, d’histoires, de peines aussi ?
Tu peux te dire que c’est aussi plus d’expériences, de connexions, de risques. C’est très vrai, les deux sont vrais. Mais dans une relation monogame, il y a aussi beaucoup de drame, de mélodrame ! Je le sais, crois-moi. Mais il y a des moments de calme, de stabilité, de bonheur et c’est la chose intéressante. Si tu ne sais pas quelle est l’histoire derrière « Blue and Green », si tu n’as jamais rien lu dessus, tu as juste lu les paroles de la chanson, tu te dis juste que ce sont deux personnes, qu’il n’y a pas de troisième personne incluse dans la relation. En réalité, c’est très cliché ce que je vais te dire, mais à la fin de la journée, tu te dis c’est juste sur toi-même et tes bagages que tu emmènes dans une relation, et ce sentiment universel : celui d’avoir l’impression de n’être rien du tout, d’être insignifiant. C’est comme dans cette invention qu’est la religion, tu as besoin d’avoir une espèce de père ou mère spirituelle qui t’élève, qui te donne l’impression d’être connecté. C’est la signification de la première chanson de l’album d’ailleurs. Bien sûr que c’est dangereux, je ne veux pas promouvoir la polygamie, mais pour moi, j’avais l’impression que c’était une expérience qui valait le coup d’être vécue. Les bons moments étaient vraiment les plus beaux que j’ai vécus…. Mais quand ça allait mal… c’était vraiment la pire chose que j’ai ressenti de toute ma vie, c’est vrai ! (rires) C’est dangereux, oui, de s’engager dans ce genre de montagnes russes émotionnelles.

Mais ça t’a permis d’écrire des chansons…
D’une manière ou d’une autre, c’est une inspiration. Les émotions sont des inspirations…

« Écrire une chanson, c’est se servir du chaos dans la tête et lui donner une structure »

Et partager ce genre d’émotions, très intimes, ça ne te fait pas peur ?
Pas du tout. Pour moi, c’est la seule façon que je connaisse. C’est aussi une forme de relation. Quand quelqu’un est touché par quelque chose que j’ai écrit, j’ai l’impression qu’une partie de moi a été aperçue, comprise. C’est un moyen de me dire « j’existe ». Écrire une chanson, ce n’est pas quelque chose que je fais pour quelqu’un, même après six albums et des centaines de concerts, je le fais pour moi, j’oublie complètement le fait que quelqu’un va l’écouter, c’est moi essayant de me débarrasser de quelque chose qui hante mon subconscient. Pour moi, une chanson, c’est ça. C’est se servir du chaos dans la tête et lui donner une structure. Pourquoi ensuite je les fait écouter ? Sans doute parce que j’ai besoin d’avoir un écho.

C’est une thérapie, en moins chère, mais plus profonde en quelque sorte ?
Oui, c’est exactement ça. Beaucoup de personnes n’aime pas le mot « utiliser ». Moi, j’aime l’idée que des personnes m’utilisent pour qu’ils trouvent un écho à leurs propres émotions, qu’ils utilisent mes chansons pour mettre des mots sur des sentiments qu’ils n’arrivent pas à exprimer. De la même façon, j’utilise le public pour me ressourcer, pour me projeter en eux. J’avoue que c’est un peu triste de se dire, mais c’est vrai, que je ne me vois que dans les yeux des autres personnes, les femmes qui sont dans ma vie, mais aussi le public. Et quand je ne donne pas de concerts pendant un long moment, je suis littéralement à un cheveu de dépérir, je me trouve dans des endroits vraiment très sombres, c’est peut-être pour ça que je suis un « serial relationshiper », c’est triste. Mais j’accepte, c’est moi.

Tu as conscience que beaucoup de tes chansons peuvent, littéralement, faire pleurer des rivières ?
(rires). Vraiment ? Il y a ces mots de Leonard Cohen que je cite presque à toutes mes interviews. Il dit « We must never lament casually, and we must always do it with a sense of honour and beauty, and dignity ». Je pense que toutes les émotions produisent un tas de larmes. La peur, la tristesse, la douleur, les douleurs… Trop souvent, elles sont écrasées par la société. Trop souvent, quand tu racontes tes histoires, on te dit « Cheer up »… Ben non, je n’ai pas envie. Parce que ces émotions, ces larmes sont légitimes, elles font partie de chaque être humain. Quand je cède à ces émotions, où quand n’importe quel artiste cède ces émotions, et leur donne une place digne, je pense que les personnes peuvent se sentir libre d’y céder aussi. Je crois que c’est sain. Pleurer, c’est quelque chose de sain, de beau et de libérateur.

Il y a des chansons qui te font pleurer ?
Oh que oui. Tellement de chansons. Celles de Leonard Cohen, presque toutes ses chansons (rires). Bob Dylan, Billie Holiday… Nina Simone me fait tellement pleurer aussi. En fait, ça dépend de l’instant. Parfois, même les chansons de Disney peuvent me faire pleurer, tu sais ? (rires).

Tant que tu ne parles pas de La Reine des Neiges, je suis d’accord…
La Reine des Neiges ? Tu parles ! Je suis un grand fan de Disney, j’ai même un « Mickey Mouse » tatoué sur mon cul, je ne plaisante pas ! Mais La Reine des Neiges, je ne suis absolument pas rentré dedans. Je l’ai regardé il y a quelques années parce que tout le monde me parlait de la musique mais non, ça ne marchait pas. Je te parle plutôt de ce que j’appelle les « années d’or », Bambi, Dumbo… et puis plus tard La Petite Sirène ! J’adore vraiment ces chansons… et elles me font pleurer parfois encore !

Parlons un peu de l’album et de l’endroit où il a été enregistré…
Un endroit magique. Mark Howard, la personne qui a produit l’album, a travaillé avec Dylan, mais pas seulement avec lui : Tom Waits, Neil Young… Il a sa propre manière d’enregistrer les albums. Il déteste les studios, il n’y croit pas du tout d’ailleurs. Et il n’enregistre jamais dans le même endroit. Pour nous, on n’était vraiment pas très loin de la maison de Dylan, où il a enregistré (Time Out Of My Mind). C’était fou de réaliser que j’ai travaillé avec les personnes qui ont travaillé avec les artistes que je ne cesse de citer. Pour moi, c’était incroyable. Il y avait beaucoup de musiciens, c’est la magie de cet album. Et sur deux titres… oh mon dieu, c’était tellement idiot que je persiste à parler de ça, bref, sur deux titres, il y a ce batteur qui est une véritable légende, Jim Keltner. Il a 70 ans ou quelque chose comme ça, il a joué avec Dylan, Young, tous les Beatles sauf Sir Paul McCartney… mais ce qui est encore plus incroyable, c’est qu’il a travaillé avec Elvis Presley ! Quand tu te retrouves dans une pièce avec un mec qui a joué avec Elvis, je veux dire The King ! Tu te retrouves tellement ridicule. Quand il se met à jouer, ou qu’il te complimente sur les textes, sur la voix… (silence). Je ne sais pas si j’aurais pu faire ce que j’appelle mon « album américain », sans eux, sans lui, parce que j’aurais l’impression d’avoir volé le « patrimoine americana ». Mais avec eux à mes côtés… je n’arrive même pas à le dire, c’est comme si finalement, je faisais partie de ce petit club. C’était surréaliste.

Tu imaginais ton album comme ça, avec ce son, ces influences « folk » et « americana » avant de rentrer en studio ?
Je savais que je voulais vraiment qu’il sonne « americana ». Mais avant, il faut revenir sur le contexte, et le précédent album, Gold Shadow qui était… on va dire multi-genres. Je voulais qu’il soit comme ça, je voulais que ce soit une mosaïque de styles. Mais pour The Study On Falling, j’ai décidé d’écrire seulement avec une guitare acoustique, je ne voulais pas de loop, je ne voulais pas aller sur YouTube pour chercher des arrangements jazz, je ne voulais pas de piano. Je souhaitais des chansons qui ne seraient pas trop différentes sur l’album et sur scène quand je joue tout seul à la guitare. Je n’avais pas envie d’avoir des chansons sur lesquelles je devais réinventer des arrangements pour un concert solo, tu vois ? Juste écrire des histoires. Et cette idée d’écrire des histoires, c’est renouer avec la tradition de la musique folk. La musique est simple, la production est simple… si tu écoutes les chansons de l’album, les voix s’entendent tellement plus que les instruments… parfois c’est presque embarrassant, même pour moi… mais c’est la tradition folk, donner plus de crédit aux mots qu’à la mélodie. J’aime ça, c’est pour ça que j’aime tellement les chansons de Leonard Cohen et de Bob Dylan. Je savais que je voulais un album folk, vraiment folk, mais je ne pensais pas pouvoir y arriver. Une chose est sûre, quand j’ai fini de faire mes démos, j’ai dit à mon manager que je ne pouvais pas enregistrer l’album en Israël, on devait l’enregistrer aux États-Unis. Et Mark est arrivé.

Maintenant que tu as expérimenté ce genre d’enregistrement très old-school, très vintage, tu penses pouvoir retourner dans un studio plus classique pour les prochains albums ?
(rires) Je ne pourrais plus jamais enregistrer d’une autre manière ! J’ai testé la plus belle façon de fabriquer des chansons, d’enregistrer. J’espère que je n’aurais pas à faire mes autres albums d’une autre manière que ce soit. C’est une si belle expérience ! Travailler dans une atmosphère si relaxante, avec des musiciens talentueux… Même la philosophie de Mark est particulière. On travaille tous dans une seule pièce. Il ne sépare jamais les musiciens. Tous les instruments sont liés. Aujourd’hui, dans les studios, on est tous isolés dans une pièce, parfois les musiciens n’enregistrent même pas en même temps, et puis ensuite on répare les choses qui ne vont pas avec les ordinateurs. Mark est du genre à dire : « non, tu refais tout, ou tu vis avec cette petite erreur qu’il y a sur l’enregistrement« . C’est une partie de la vie, c’est tellement une philosophie « zen ». Et ça me plaît. Ça m’a donné tellement plus de liberté, tellement moins envie aussi de vouloir tout contrôler, de chercher à tout prix la perfection. J’ai juste aimé faire de la musique…

Et ça donne un côté très Sixties à ta musique…
Voire même Fifties… quand ce n’étaient que des micros dans une seule pièce et des personnes qui font de la musique toutes ensemble… Il fallait être vraiment bons musiciens parce que tu ne pouvais pas vraiment réparer les erreurs faites avec de l’autotune. En vrai, sur tous mes albums j’essaie toujours d’être le plus vrai possible, je déteste l’éditing… et de toute manière je ne suis pas assez bon pour essayer… Et ce qui était beau avec Mark, c’est qu’il connaît tellement bien ses outils, ses micros et il sait tellement bien ce qu’il fait que j’étais en confiance totale. Les musiciens arrivent, on joue et on n’a pas besoin de déplacer un micro, on n’a rien modifié pendant toutes les sessions. Ça sonne exactement comme l’album. C’est un privilège de travailler comme ça.

« J’estime que mes albums sont comme des journaux intimes »

Il y a une chanson que j’adore sur cet album c’est « A Man Without A Man », que peux-tu me raconter sur elle ?
C’est une bonne question… Ce n’est pas une chanson à laquelle je pense souvent. Je l’ai écrite à Paris, je me souviens. C’est toujours autour de ce sentiment de familiarité, l’impression de voyager avec des cadavres que je transporte partout avec moi. Plus on vieillit et plus on se sent lourd à se trimbaler le poids du passé. Et à chaque fois que tu te lances dans une nouvelle relation, tu as cet espoir de nouveauté, de recommencer à zéro et les fantômes du passé sont toujours là à frapper à ta porte… Et c’est la chanson… c’est de cela dont je parle dans beaucoup de chansons. Que ma topographie est déjà faite. Ton adolescence, ton enfance, ta première relation amoureuse… tout ça forme ton propre paysage et ta topographie ne change pas vraiment, même si tu essaies de prendre d’autres chemins. C’est dur d’exprimer ces sentiments de manière narrative… C’est peut-être pour ça que j’écris des chansons !

Cette chanson m’a fait penser à « Red Right Hand »…
La chanson de Nick Cave ?

Exact… Suis-je à côté de la plaque ?
Pas du tout. J’adore cette chanson d’ailleurs. Tu sais sur cet album, je n’essaie pas d’effacer ou de cacher les influences que j’emprunte. Sur cet album, tu peux entendre du Dylan, du Cohen… C’est marrant que tu parles de « Red Right Hand »… c’est vraiment une de mes chansons préférées… Je me rappelle la première fois que j’ai entendu cette chanson, c’était dans X-Files, j’étais ado et à cette époque il n’y avait pas Shazam. Je voulais absolument retrouver cette chanson, je suis allé dans tous les disquaires de mon quartier pour savoir qui chantait cette chanson ! Il y a un peu d’elle dans « A Man Without A Man »… mais il y a plus. (rires)

Est-ce qu’il y a des chansons que tu as écrites et que tu détestes aujourd’hui ?
Il y en a oui. Le meilleur moyen de le savoir, c’est de regarder mes setlists… Il y a des chansons que je n’ai jamais jouées en live… Oui, il y a des chansons que j’estime pas assez honnêtes ou précises… Ou alors… J’estime que mes albums sont comme des journaux intimes et sans doute qu’il y a des chansons que j’ai écrites trop tôt. Et maintenant que je suis une personne différente, je ne peux plus les interpréter. Les chansons doivent être précises, et tu dois ressentir ce que tu chantes, ce que tu as écrit… Elles doivent être en quelque sorte abstraites pour que les personnes puissent se projeter dedans, mais aussi pour que moi je puisse me re-projeter dedans… Prenons l’exemple de « Reckoning Song »… Je devrais la détester maintenant, mais j’adore cette chanson. Pas parce que c’est la plus connue, mais parce que c’est celle que j’ai le plus jouée dans ma vie. Ce n’est pas une question de remix, ou de passage radio. C’est une chanson que j’ai jouée tellement que je devrais la détester au plus haut point, mais je me sens toujours connecté à ses paroles à chaque fois que je la chante. Il y a toujours un moment qui me fait penser à cette chanson, un sentiment qui rend la chanson réelle et qui me faire dire que je ne suis pas en train d’emprunter quelque chose de mon propre passé. Mais, il y a des chansons que j’ai écrites et que je n’aime plus aujourd’hui.

Laquelle par exemple ?
(rires) Je ne sais pas si je dois le dire ! Ok… sur l’album The Reckoning, il y a cette chanson « Of Scorpions & Bells »… (il chante). Je déteste cette chanson… depuis toujours. Même deux minutes après l’avoir enregistrée, je ne l’aimais déjà pas.

Pourquoi l’avoir écrite alors ?
Ah ! Pourquoi je l’ai écrite ? Parce que j’avais besoin de l’écrire, de dire à cette nana ce que j’avais à dire, pourquoi je l’ai quittée… même si je suppose qu’elle ne l’a jamais entendue. C’était une chanson de colère. Je crois que les paroles étaient « I think you’re blind, and I think you’re deaf, and touching is the only sense you got left…good luck with that« … c’était nul… Regarde, ça me donne même la chair de poule (rires). Je ne me sentais déjà pas connecté à ces paroles et aujourd’hui… mais parfois, c’est vrai que j’ai encore envie de chanter ces paroles…  Mais ce que je déteste le plus par rapport à mes chansons, c’est la manière dont je les ai enregistrées. Pour moi, c’est comme si je n’étais jamais allé jusqu’au bout de la manière dont j’avais envie qu’elles soient produites. Pour beaucoup de chansons, je n’aime pas leur version studio et je préfère les réinventer sur scène. Mais bon, c’est plus la production, les arrangements, leur esthétique que les chansons en elles-mêmes.

J’imagine qu’après l’enregistrement de The Study On Falling, tu as envie de réenregistrer tous tes anciens albums ?
C’est marrant que tu en parles, parce que la première fois que j’ai rencontré Mark, je lui ai dit « j’ai quelques chansons mais ce que je veux, c’est revenir à The Reckoning et réenregistrer l’album ». Personne ne fait ça ! (rires). Revenir en arrière pour réenregistrer un album… Tu fais une compilation, un best-of mais refaire le même album ? J’étais là : « oh allez ! ». Je suis devenu musicien en 2006, ça fait une décennie maintenant, je me disais c’était le moment pour réinventer cet album. Et puis j’ai commencé à écrire des chanson, puis petit à petit j’avais de quoi faire un album entier et nouveau.

On s’est rencontré il y a trois ans pour Gold Shadow et j’avais terminé l’interview sur cette question : « est-ce qu’il y a une question que je ne t’ai pas posée et que tu aimerais que je te pose ». Tu as répondu : « oui, tu ne m’a pas demandé pourquoi j’aimais autant le beurre de cacahuètes ». Donc voilà, trois ans après, tu as la possibilité de répondre à cette question.
(rires). J’ai vraiment dit ça ? Merde. Pourquoi… Parce que je déteste choisir. Voilà pourquoi. Parce que c’est sucré et salé à la fois. Tu peux manger des Reese’s Cup avec du chocolat, ce que je ne fais plus parce que je suis vegan maintenant… tu peux l’utiliser dans la nourriture thaï, c’est comme une confiserie mais c’est plus sain… C’est meilleur que le chocolat et ça fait moins grossir… même si je me fous pas mal de grossir ! Je crois que c’est pour ça. Et parce que j’aime vraiment pas choisir ou décider de ce que je veux… parce que ça ferme des portes… d’où cette relation en « trouple » j’imagine (rires). Ça ferme la boucle !

Propos recueillis par Sabine Swann Bouchoul

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