The Voice : des « gens qui chantent » et deux vrais artistes

ZISSIS ZE VOICE  – Le télé-crochet de TF1 revient pour une énième saison. Et Rocknfool a décidé de commenter les auditions à l’aveugle. 

C’est reparti pour une nouvelle saison. On a perdu le compte après la victoire de Kendji Girac. Ah, on nous dit dans l’oreillette que Lisandro Cuxi fait concurrence à l’émission qui l’a découvert… en performant sur France Télévisions, diffusée exactement à la même heure. Il voudrait être le grand champion de Destination Eurovision. Si tu veux petit, si tu veux.

On n’a rien contre The Voice. Il y a même des potes à nous qui ont participé à l’émission. On pense bien sur à Clément Verzi ou encore Guilhem Valayé. Et on a été très fières de les voir sur TF1 à une heure de grande écoute, histoire que la France qui n’a pas le temps de chercher des nouveautés, entende leur jolie voix.

Pour cette nouvelle saison, TF1 s’est débarrassé de M. Pokora. Tu me diras, en même temps, M.P qu’est-ce qu’il peut juger ? On ne sait pas trop. On pensait qu’il était là juste parce qu’il était beau et que ça suffisait pour accrocher un peu l’attention. Bref, plus de BG, à la place, on a Pascal Obispo. À côté, il y a Florent Pagny et Zazie. On se dit que si quelqu’un sortait d’un coma après vingt ans et qu’on lui mettait TF1, il ne serait pas très désorienté. C’est comme si la chaîne avait freezé en 1995. Quand l’un chantait « Tombé pour elle », quand Zazie était « Zen » et que Florent Pagny s’époumonait sur « Caruso ». S’il n’y avait pas Mika, on penserait vraiment être toujours coincé dans les années 1990. L’année prochaine, je vous propose d’embaucher Patrick Bruel. Comme ça, Pascal et Florent auront un troisième concurrent au concours de celui-qui-a-la-chemise-la-plus-ouverte-possible pendant les auditions à l’aveugle.

Mika et les trois copains

Pour ouvrir cette nouvelle saison, les trois copains et Mika nous offre une collégiale sur « Chanter ». Pascal est au piano, Florent a oublié justement comment chanter, vu les quelques fausses notes. Mais comme ils disent dans la Nouvelle Star, « on s’en fout, la justesse ce n’est pas le plus important ». Et puis Nikos, il dit que « cette saison ne ressemblera à aucune autre », du coup on est super impatientes… Après la première candidate – pardon, talent – on se dit qu’on nous a peut-être passé un magnéto d’une ancienne saison parce que Solia ressemble exactement à des chanteuses déjà vues et entendues au moins 100 fois. La maman qui estime que « chanter est vital » et que « The Voice peut changer sa vie ». Le sosie d’Inna Modja reprend « Bon Appétit » de Katy Perry.

Déjà, on veut dire à tous les candidats de The Voice que reprendre du Katy Perry c’est pas une bonne idée. C’est juste bien pour danser en boîte ou en karaoké quand t’es bourré, parce que tu peux pas chanter du Katy Perry. Pascal commence pied au plancher, il est le premier à buzzer. « C’est ta culture musicale ? », il demande. « Non, à la base je viens du rock »… Ah. Ok. Ben, il fallait faire du rock, cocotte. Mika s’est aussi tourné. Et il se la joue Nathalie Noennec, commente ses lunettes, ses chaussures rouges. « Mon grand-père disait qu’il fallait toujours se méfier des personnes qui portent des chaussures rouges ». Et Florent Pagny s’est aussi retourné, il a bien trouvé des « pulsions rock’n’roll ». Ah bon ? Quand ça ? Pascal chipe le premier talent de la soirée.

C’est un peu olé, non ?

Ecco, 16 ans, reprend David Bowie. Déjà, là, on va s’arrêter trente secondes. C’est quoi ça ? Cette nouvelle obsession dans les télé-crochets pour « Life On Mars? » alors que depuis quinze ans, personne ne le chantait. C’était bien comme ça, c’est pas la peine de le re-tuer encore une fois. Ecco a une jolie voix, mais l’accent est mauvais et sa façon de hacher les paroles… n’en parlons pas. Et, ce n’est pas non plus la peine de crier. Tout le monde s’est retourné mais c’est Pascal Obispo qui attire la gamine dans sa team. « Tu es une extra-terrestre de l’émotion, c’était parfaitement délicieux ».

Drea Dury est colombienne, elle fait des études d’art à Bruxelles, elle a déjà le look d’une star du hip-hop. Elle arrive sur scène comme Rihanna et c’est d’ailleurs « Rude Boy » qu’elle chante version un peu plus reggae. Toute en couleur, très sensuelle pour ne pas dire sexuelle, on se dit aussi que si Drea ne réussit pas dans la musique, elle peut toujours essayer Les Anges. À peine a-t-elle chanté deux notes que Pascal et Florent ont buzzé. Les chemises de plus en plus ouvertes. On imagine que Drea leur a donné chaud. Le troisième garçon a aussi des sueurs chaudes et offre une petite lap dance à son voisin de fauteuil, Pascal. C’est olé, entre eux. Les garçons sont enthousiastes, ils sont tous fous, Mika est, cependant, le seul à lui dire qu’il y a quand même des choses à changer et il était évident que c’était lui que Drea allait choisir. Parce qu’elle doit « escuchar mi corazon ». Parce que surtout, on ne voit pas trop ce qu’un gars qui chante « Lucie » et un autre « Savoir aimer » pourrait comprendre à l’univers urban-pop de Drea.

Et oui, des larmes !

Place au dandy-super-canon-pas-vraiment-chanteur-à-la-base-mais-qui-écrit-des-chansons-pour-le-plaisir. Léger léger, il ne sait pas trop encore ce qu’il fait là. À la minute où on l’aperçoit, on sait déjà qu’Edouard ira dans l’équipe de Zazie. Enfin, si elle se retourne. « Si tu m’aimes encore » de Nino Ferrer. Le jeune homme se la joue Screamin Jay Hawkins’, voix déchirée, il éructe. Et Zazie se retourne. Ses copains et Mika aussi. « Il est habillé comme un avocat », remarque-t-il. Plus tard : « on dit que l’apparence ne compte pas, mais ça compte énormément ». Nathalie Noennec, sors de ce corps, enfin ! Zazie est amoureuse. Edouard est amoureux d’elle. On sent qu’une belle histoire est en train de se créer entre eux. « Il est dans le blues, dans quelque chose de précis et une nonchalance, un second degré, c’est vachement intéressant », commente la Vénus de The Voice, la main dans la poche, pour faire comme Edouard.

Rébécca, fan de Pascal Obispo (à cause de sa mère), chante donc « Lucie » pour sa maman. Je comprends pas trop comment une personne aussi jeune peut être fan de Pascal Obispo, mais pourquoi pas. Les goûts et les couleurs. Pascal est touché, il est même littéralement en larmes. Et c’est pas des larmes à la Cœur de Pirate tu sais. Pour le coup, on le sent vraiment mais alors vraiment touché. Même si c’était un peu faux. Presque sans surprises, Rébécca va dans l’équipe de Pascal. Sans surprise, elle lui avait dit que sa maman était fan de lui. Et sans surprise, le chanteur va voir la maman, lui fait un câlin. Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes sur la planète The Voice, où on est heureux, on pleure et on rit. Ahem.

Et là, le trio magique

Il est 22h30, je commence sérieusement à fatiguer, j’ai toujours pas de coup de cœur, j’ai pas eu le waouh pour un artiste. Je meurs presque d’ennui. Mais heureusement pour mes oreilles (et pour mes yeux), il y a le duo électro-pop Kriill : Richard et Klaar. Deux garçons qui semblent avoir beaucoup écouté James Blake, RY X, Chet Faker. De si bonnes influences que je ne peux que craquer pour eux. Une voix lunaire, des nappes électroniques superbes pour reprendre « Stayin’ Alive » des Bee Gees. Florent Pagny n’a rien compris à ce qu’il se passait sur scène, le contraire n’étonnera personne. Les autres coachs se sont retournés mais pour un duo comme ces deux-là, il n’y a qu’un seul gars qui peut être à peu près légitime : Mika. Logiquement, c’est lui que Kriill choisit.

À propos d’eux, il faut que tu écoutes cette magnifique reprise de « Lilac Wine ». Et non, c’est pas une chanson originale de Jeff Buckley, juste pour info. C’est un titre de James Shelton.

On est dans une bonne vibe, puisque le talent suivant est Aurélien. Barbu de 23 ans qui dit faire du « pop-folk ». Garçon, déjà tu me plais. Et à peine tu vois le garçon, que là aussi, direct tu te dis qu’il va aller dans l’équipe de Zazie. Aurélien reprend « Natural Blues » de Moby à sa sauce, un peu plus bluesy faut le dire. Voix éraillée, qui monte très haut dans les aigus et maîtrise parfaitement les graves. Et parce qu’il a une barbe, il est forcément dans l’équipe de Zazie. C’est une règle générale dans The Voice. Comme on est dans une phase « talent de pure dinguerie », voilà que monte sur scène Gulaan. Gulaan dit une très belle chose : « la musique est l’élévation de l’âme », juste pour ça, il devrait gagner. Il interprète un chant traditionnel polynésien : « Nodeï Perofeta ». Un moment d’une douceur et d’une pureté absolues, un véritable instant suspendu qui a fait se retourner les quatre coachs. Silence absolu sur le plateau. C’était bouleversant, mais on sait pertinemment que ce natif de Nouvelle-Calédonie n’ira pas très loin dans l’émission parce qu’il est totalement hors cadre. Mais c’est tout de même beau d’écouter ce genre de musique. On verra ce que Zazie arrivera à lui faire chanter.

Gulaan signe la fin de la page dorée de The Voice, on retourne à la fête de la saucisse, avec un duo père/fils (Father to Son)… Ok, c’est cool de chanter comme ça, mais fallait-il pousser le cliché jusqu’au bout en chantant « Ton Héritage » de Benjamin Biolay ? Chacun de leur côté, ils chantent bien, mais les deux voix ne sont pas très harmonieuses et cela faisait très « comédie musicale ». Désolées, les garçons. Ils ne sont pas retenus.

Renata en revanche, – c’est la chanteuse Donald Duck – est dans l’équipe de Florent Pagny. Elle avait chanté « Tough Lover » d’Etta James. Cécile (fille de sa mère, Patrizia, qui a tenté sa chance dans The Voice l’année dernière), elle aussi passe avec succès les auditions à l’aveugle… On ne comprend pas pourquoi d’ailleurs, sa reprise de « What About Us » de P!nk était hasardeuse, très karaoké, agrémentée d’un beau petit cheveu sur la langue. Et comme, on est dans The Voice, et que c’est un monde magnifique, maman Patrizia est invitée à monter sur scène. Florent Pagny était le seul à se retourner. On sait qu’une fois sur deux, Florent Pagny se retourne beaucoup trop vite. Là, on pense qu’il était en mode YOLO : « j’appuie on verra après si c’est bien ». C’était pas bien. C’est sur ce passage très gênant que ce termine cette première salve d’auditions à l’aveugle.

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