Jade Bird, la nouvelle muse de la pop anglaise

CHRONIQUE – Influencée par les plus grands songwriters anglo-saxons, Jade Bird a sorti un premier album éponyme frais et réussi.

Novembre 2016. La Villette, le Trabendo. En première partie de Rag’n’Bone Man, une jeune femme se présente sur scène avec une guitare en seul accompagnement. Elle propose une pop-folk fraiche et accrocheuse. Son nom ? Jade Bird.

Avril 2019. Un visage orangé et violacé dans un flou artistique, sur fond bleu clair. À travers ce flou, un regard intense. Il s’agit-là de la description de la pochette du premier album éponyme de Jade Bird, sorti chez Glassnote Records. Un premier jet plutôt classique, efficace et touchant. Produit par Simon Felice (du groupe Felice Brothers) et David Baron (Bat for Lashes), la jeune femme s’est envolée pour la banlieue new-yorkaise afin de l’enregistrer. Et elle s’est bien entourée. À ses côtés, des musiciens de talent, Matt Johnson (Jeff Buckley, Rufus Wainwright) et Larry Campbell (Tom Petty, Bob Dylan). Le résultat est une jolie réussite : d’émouvantes ballades épurées (« 17 ») côtoient de vrais hymnes pop radiophoniques (« Uh Huh »).

Le songwriting dans le sang

Comme tous ces Anglais, Jade Bird possède un vrai talent pour le songwriting, qu’elle pratique depuis son adolescence, suite au divorce de ses parents. Avec la guitare acoustique de sa grand-mère elle écoute et reprend du Bob Dylan, Elliot Smith et du Neil Young, et prend modèle sur Alanis Morrisette (« I Get No Joy ») et Patti Smith (« Side Effects »). Des références solides pour cette jeune femme d’à peine 21 ans.

Sans surprise, c’est essentiellement de relations amoureuses dont il est question dans son premier album. « Cet album c’est mon expérience, brute et directe des deux dernières années » explique-t-elle dans le communiqué de presse. Des doutes, des remises en question, de la confiance en soi… Ce premier album est comme un journal intime. De « Ruins » (‘Cause one minute I love you, and the next it’s all in ruins, tell me what did I do to deserve somebody like you?) à « Good At It » (Does she hold you so tight in the middle of the night you forget I was ever alive? She must be good at it…) Jade Bird expérimente et dévoile ses tâtonnements et ses déceptions amoureuses avec beaucoup de maturité et de recul.

Toujours de l’espoir

Elle ne s’apitoie jamais. Que ce soit dans la ballade en « My Motto » (All this love ever does is break me now, and if it hurts so much to stay, then let him go, oh, that’s my motto) où on aimerait avoir la même force de caractère, à « 17 » (You’re not the first to leave me and you won’t be the last), en passant par le superbe piano-voix et faussement funèbre « If I Die » (If I die before I wake, know that I’m free and glory and I’m okay with who I’ve been. So there’s no need to be mourning…) dans laquelle Jade Bird s’adresse à un proche et lui fait promettre de poursuivre sa vie sans (trop) penser à elle. Un requiem avec rayon de soleil au bout du tunnel. Des mélodies qui compressent le cœur, mais des textes toujours dotés d’une lueur d’espoir.

Pas d’orchestrations démesurées, pas de folles créations électroniques innovantes et constructions destructurées, Jade Bird vise droit et bien. Cette pop British elle en connaît les rouages. Pas besoin d’en faire trop. Souvent une guitare ou un piano suffisent (« Does Anybody Know »). Son timbre parfois angélique à la Debbie Harry devient rauque lorsqu’elle pousse sur sa voix (« Good At It », « Love Has Been Done Before ») tandis qu’il est celui d’un enfant de chœur dans « 17 ».

Après avoir fait les premières parties de First Aid Kit aux États-Unis, c’est avec Hozier qu’elle foulera les scènes dans les prochains mois. Elle sera tête d’affiche de ses propres concerts, avec notamment une date le 7 novembre au Théâtre Fairmount de Montréal.

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