Daniel Johnston nous a quittés, mais il vivra pour toujours

TRUE LOVE – Daniel Johnston est allé rejoindre les Cohen, Bowie, Prince et autres génies de la musique dans le paradis des enchanteurs. On est dévasté.

Je ne sais plus comment j’ai connu Daniel Johnston. C’était il y a très longtemps, et c’était sûrement avec « True Love Will Find You In The End », comme beaucoup. Dès lors, ses mélodies se sont inscrites en moi, surgissant de-ci de-là à la faveur des jours, à la faveur des nuits d’hiver, au détour d’une rue, sans prévenir. Daniel Johnston était de ces artistes qui, une fois entrés dans ta vie, n’en ressortaient plus jamais. Et ce soir en apprenant sa mort, je n’arrive pas à croire qu’il est sorti de nos vies.

Quand la maladie nourrit l’art

On pourra dire qu’il fallait s’y préparer. Parce que Daniel Johnston, en plus d’être l’artiste qu’il était, était aussi un être humain d’une fragilité incroyable. « The Devil and Daniel Johnston », le documentaire de 2005 de Jeff Feuerzeig, expliquait tout de sa maniaco-dépression et de sa schizophrénie, de ses allers-retours constants à l’hôpital, de ses traitements qui parasitaient parfois son art… Mais il suffisait de le voir en concert pour ressentir cette fragilité. Je me souviendrais éternellement de ce concert à la Gaîté Lyrique en 2012, du moment où je l’ai vu s’éloigner seul, tête basse, de la salle alors qu’on faisait la queue pour y entrer. De son entrée sur scène, du serrement de mon cœur quand je l’ai vu s’avancer…

Mais il suffisait qu’il se mette à chanter pour que tout cela s’efface. Daniel Johnston se racontait dans son art. Et cet art, plus que nul autre, était unique. Des dessins, des tas de dessins. Et des chansons, de telles chansons… Une voix peu assurée, une voix d’ado. Des mélodies à l’apparence simplissime. Des textes à la naïveté de l’enfance. Le genre de musique qui parle directement à ton cœur. À ton âme d’enfant cachée dans un coin. À tes blessures d’adultes camouflées de l’autre côté. Une musique qui fait se réconcilier tout ça et te rassure au plus profond. Parce que « true love will find you in the end » après tout.

Un grand nom de la contre-culture

Alors bien sûr, il faudrait dire quelle grande figure de la contre-culture cet homme a été. Il faudrait peut-être raconter comment son entrée en lumière s’est faite grâce à son plus célèbre fan, Kurt Cobain, qui un soir de 1992 aux MTV Awards, portait un t-shirt HI, HOW ARE YOU du nom de l’album le plus renommé de Johnston. Peut-être même qu’il faudrait tout dire de ce génie de la lo-fi, et du DIY, lui qui enregistrait des cassettes chez lui et était plus punk dans son attitude que bien d’autres qui s’en vantaient. On pourrait citer ses enregistrements avec Sonic Youth, ou les multiples reprises sont il a fait l’objet, de Pearl Jam à Tom Waits, en passant par Lana Del Rey.

Mais la réalité, c’est que Daniel Johnston était surtout un type qui s’enfermait dans sa chambre et laissait sortir ses démons sur bande ou sur papier avec une urgente nécessité. Un Artiste, au talent tellement extraordinaire et à la sincérité tellement entière, qu’il laisse aujourd’hui un vide immense, pour lequel je n’ai même pas vraiment de mot. Le corps de Daniel Johnston est mort d’une crise cardiaque en ce mois de septembre 2019, à 58 ans. Son âme, elle, restera à tout jamais dans la magnifique œuvre qu’il nous laisse.

Adieu, Mr Johnston. Merci du fond du cœur. Pour tout. Some things last a long time.

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