Valence : « Mon album sera moins dans le kitsch »

INTERVIEW – Ça faisait longtemps qu’on voulait discuter avec Valence. Chose faite à l’occasion de son passage aux Francouvertes. Rencontre avec un artiste qui monte, qui monte…

« Je m’appelle Vincent, mon projet s’appelle Valence et ça fait un an et demi que je bosse sur ce projet solo de pop qui flirte avec différents styles comme l’indie rock et des influences des années 1970. » Ce sont par ces mots prudents que Vincent Dufour, aka Valence, se présente calmement lorsqu’on se rencontre dans sa loge du Lion d’or, quelques heures avant ses préliminaires aux Francouvertes.

C’est toujours intéressant d’écouter la façon dont un artiste se décrit. Car son regard et le nôtre seront inexorablement différents, complémentaires. Ce qu’on ajouterait ? Qu’il est dans notre radar depuis plus d’un an maintenant après avoir donné son premier concert à Montréal en ouverture de Voyou. Qu’il a une aisance et un charisme scéniques incroyables, en plus de proposer des chansons accrocheuses, aux arrangements nickels et portées par un timbre de voix personnel et maîtrisé. Pour résumer, Valence c’est notre dernier gros crush venant de cette prolifique et talentueuse génération d’artistes francophones de la ville de Québec.

Lumineux contrastes

Quand on parle de la pop rétro de Valence, l’étiquette « kitsch » va certainement apparaître à un moment ou à un autre. « On avait écrit ça dans nos descriptions au début du projet, car on trouvait que ça avait du sens. C’était très assumé » nous explique Vincent. « Ça me tentait de jouer avec le kitsch dans mes visuels et dans mes paroles en utilisant certains clichés… je ne sais pas à quel point c’était volontaire » ajoute-t-il souriant.

Ce n’est pourtant pas uniquement ce qui ressort de son très bon premier EP, Cristobal Cartel (sorti fin mai 2019) et de quelques nouvelles chansons écrites entre temps. Beaucoup de lumière et d’allégresse enveloppent des textes plus mélancoliques. On donne l’exemple d’une rupture sur fond de maracas. Valence acquiesce. « Ma chanson ‘Pruneau’ qui est sortie dernièrement, c’est vraiment ça. Il y a un contraste entre la musique très estivale et légère, et les paroles dont la thématique est assez lourde. C’est un regard que je porte sur le conformisme dans mon éducation en banlieue nord-américaine, tous les codes et les attentes qu’on peut avoir pour toi. » S’en suit une parenthèse interculturelle sur le sens du mot pruneau/prune, un « fruit ludique mais aussi une métaphore de bosse sur la tête » nous apprend Valence. Pour nous, une prune c’est une amende, ou un ‘ticket’ comme on dit au Québec. Ellipse 101 sur les expressions fruitées close.

« L’écriture poétique n’est pas encore quelque chose de facile pour moi. »

Pour quelqu’un qui nous dit avoir du mal à parler de son écriture, Valence s’en sort plutôt bien. Après plusieurs années dans le groupe Medora, il a légitimement eu envie d’écrire ses propres textes. « À part pour l’université, je n’étais pas quelqu’un qui écrivait quotidiennement. Je me suis mis à l’écriture poétique pour mon projet, mais ce n’est pas encore quelque chose de facile pour moi ». Il ajoute : « je suis quelqu’un qui se creuse beaucoup la tête à l’écrit, c’est difficile. Je suis très solitaire dans mon processus, c’est là où les idées sortent et où je me permets d’être créatif. Mais, au final, je retire autant de satisfaction à composer qu’à écrire de la musique. »

On lui demande quelle est sa recette pour écrire : un cahier, une chaise, un environnement confortable. Deux ou trois journées sont nécessaires pour une chanson, bien qu’il admette ne jamais réussir à finir ses textes d’emblée. Il fait aussi partie de cette minorité d’artistes qui compose la musique avant. « Les textes doivent se coller à la musique, c’est une contrainte supplémentaire. J’ai un nombre de pieds à respecter, je dois compter chaque syllabe. »

Un été prolifique

Une résidence d’artiste semble donc être le cadre rêvé pour Valence, qui a – malgré les circonstances – eu un été assez prolifique. Dix jours de création à Petite-Vallée en Gaspésie avec des consœurs et confrères tout aussi talentueux (Ariane Roy, Thierry Larose, Lou-Adriane Cassidy…) et du travail sur un premier album à venir (moins kitsch nous précise-t-il). Prévu au printemps ou à l’automne 2021, les discussions avec les labels sont en cours. « On devait participer à des gros événements comme le Festival d’été de Québec et le Festif (Baie-St-Paul), finalement ça a été autre chose complètement. Mais ça a vraiment été un bel été » conclue-t-il.

Heureusement, tous les événements n’ont pas été complètement annulés. « C’est sûr que c’était difficile d’apprendre que les Francouvertes étaient reportées alors qu’on était vraiment préparé. On était prêt comme des sportifs à un marathon ! Mais on faisait confiance à la vie et au temps. » Valence et ses musiciens se retrouvent finalement dès septembre pour répéter, et recommencent à se projeter dans ce tremplin où ils sont l’une des formations favorites de l’édition.

Du champagne et un album

Même si Valence reste un projet solo (Vincent écrit, compose, arrange et produit en partie toutes ses chansons), « en spectacle c’est vraiment une expérience de band. J’aime à penser que le public prend le spectacle comme celui d’un groupe où chaque musicien prend de l’espace pour s’exprimer. C’est quelque chose que je veux conserver en spectacle. » En plus de proposer des chansons addictives, un spectacle de Valence est un véritable plaisir de live. Une énergie folle et une bonne humeur contagieuse finissent toujours par tirer sur nos zygomatiques. On recommande grandement l’effet doux rayon de soleil sur la peau d’un concert de Valence en ces temps étranges.

Lors d’un passage sur Radio Canada, Jean-Paul Daoust déclarait que Valence avait du champagne dans la voix. « C’est la boisson de Jean-Paul peut-être » glisse Valence amusé. L’idée nous amuse beaucoup aussi, même si elle nous semble peu réaliste, un poil trop fancy pour coller. On pose la question d’une alternative plus fidèle : « il a du scotch dans la voix, j’aimerais ça. Du Jameson ! » Il rigole.

C’est toujours intéressant de demander à un artiste s’il a quelque chose qu’il voudrait ajouter dont nous n’aurions pas parlé. « Il n’y a rien à annoncer dans les prochains mois donc… à part un album… Peut-être que je pourrais parler des projets de mes musiciens ? » On laisse donc un lien [par ici]… en attendant l’album !

Valence sera en concert virtuel lors des demi-finales des Francouvertes mercredi 14 octobre en direct du Lion d’or, avec Vendou et Jessy Benjamin.

Propos recueillis par Emma Shindo.

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