Tom Grennan : « Je n’ai pas envie d’être une personne normale »

INTERVIEW – Il est « la nouvelle sensation pop », il est anglais, il s’appelle Tom Grennan et impossible de passer à côté. Son premier album, « Lighting Matches, » est attendu pour le 6 juillet. En attendant, présentation.

L’œil malicieux et charmeur. Le talent insolent, une fausse nonchalance typiquement British. Tom Grennan est anglais, jusqu’aux bout de ses cheveux bouclés. Forcément anglais quand on l’entend chanter ou se mouvoir sur scène avec l’assurance de ces artistes certains de leur talent. Et du talent, ce jeune garçon de 23 ans en a. La voix éraillée et puissante, un songwriting précis, une poignée de titres pop teintés de blues. La France l’a découvert avec Taratata, en mai dernier et il n’a pas fallu longtemps pour qu’elle soit séduite par ce bel homme à la barbe rousse et aux yeux d’un bleu perçant. Tom Grennan sortira son album le 6 juillet prochain. Nous l’avons rencontré il y a quelques semaines pour une interview en toute détente. On a tenté de lui faire dire la recette pour être aussi bon qu’un Anglais en musique… hélas, ce n’a pas marché. 

Avant de commencer : comment vas-tu ?
Vraiment heureux. Je suis content d’être à Paris, c’est l’une de mes villes préférées…

Vraiment ? Tout le monde dit ça pour nous faire plaisir…
(Rires). Je t’assure, c’est vrai, je trouve cette ville très romantique, les gens sont sympathiques, la nourriture est bonne. J’ai donné mon tout premier concert à Paris, en mai dernier, c’était vraiment bien. Très bonne énergie.

Si tu devais présenter ta musique à quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de toi, que lui dirais-tu ?
Je lui dirais que c’est émouvant, pop, ardent, passionné et réel. Ce que j’écris est sincère. Je prends mes influences un peu partout, de la soul music, hip hop, pop music. J’écoute de tout, et j’essaie de mélanger un peu toutes ces influences pour faire une musique qui me ressemble, pour ne pas me trahir ou trahir ce que je suis. J’ai envie d’être mon propre artiste, ma propre personne…

La presse t’appelle la « nouvelle sensation pop », est-ce que ce genre de qualificatif te met une sorte de pression particulière ?
Non pas vraiment. J’essaie juste de me laisser porter. J’ai envie de prouver aux gens que je suis un songwriter, mais sans brûler les étapes. Je veux y aller pas à pas, sans forcer. Je préfère laisser les choses se passer et voir ce qu’il peut m’arriver. Si tu commences à te mettre une pression, c’est à ce moment-là que ça peut mal se passer. Je préfère rester… cool…

J’ai tout de même l’impression que tout est arrivé très vite pour toi…
Tu as raison, cela a été très rapide. Mais, encore une fois, j’ai fait en sorte d’être là où j’avais envie d’être. Je suis si reconnaissant que ma musique ait touché les gens si vite…. Je pense avoir la personnalité pour pouvoir m’adapter à cet environnement, et je crois que je suis même prêt pour ça.

L’Angleterre est un vivier de super artistes, comment un newcomer peut arriver à se faire une place ?
Je ne sais pas pour les autres, mais j’ai envie de dire que pour ma part, je suis juste moi. Je suis un mec qui  vient de Bedford ! J’ai l’impression d’avoir trouvé ma place, mais je crois aussi que je suis compétiteur. Il faut être compétiteur dans la vie, dans n’importe quel domaine.

« J’ai envie de changer la vie des gens en quelque sorte. »

Tu dis que tu as enfin trouvé ta place… tu n’as pas toujours voulu être musicien ?
Non, quand j’étais plus jeune, je voulais être footballeur. Je pense que c’est le cas de beaucoup de petits garçons en Angleterre, voire même en France, ou partout dans le monde… Les choses évoluent, les temps changent et mon chemin a pris une direction différente. J’ai trouvé la musique, et c’était ce qui me correspondait le mieux.

Et quand est venu le déclic ?
Je pense que c’était il y a quatre ou cinq ans. J’ai eu comme un flash… tu vois. En vrai, je n’ai juste pas envie d’être une personne « normale ».

Personne n’a vraiment envie d’être normal…
Exactement… en fait, j’ai envie de changer la vie des gens en quelque sorte. Laisser une trace, laisser une marque de mon travail…

Et tu crois que la musique peut changer la vie des gens ?
À 100% oui. La musique a changé ma vie, la musique est partout, partout où il y a de la vie. Et puis si ma musique a influé sur la vie ne serait-ce que d’une seule personne, alors j’aurais fait quelque chose de bien. Si elle touche et influe sur un million de personne… bref… tu sais…

C’est quoi le secret des Anglais pour être toujours meilleurs que les Français en musique ?
(Rires). C’est une question que je me suis souvent posée, en fait. Je ne sais pas. Je n’en ai vraiment aucune idée. Aujourd’hui oui, les Anglais dominent la France sur ce terrain-là, c’est vrai depuis plusieurs décennies. Mais, si on regarde dans le passé, par exemple, à l’époque où le classique était le genre dominant, les Français étaient bien au-dessus.  C’était le temps des Français maintenant c’est celui des Anglais. Les compositeurs étaient un peu les popstars de l’époque, non ?

Parlons de ton album, il sort le 6 juillet prochain, comment s’est passé l’enregistrement ?
C’était un super moment, j’allais au studio tous les jours, j’écrivais des chansons. Je ne pensais pas « il faut absolument que je fasse un album, il faut que je le fasse maintenant ». Je savais à peu près quelles chansons seraient sur l’album. Ce n’était ni difficile, ni stressant, ce chemin que je devais suivre était presque naturel et magique. Je me sens très chanceux d’avoir vécu ce moment fabuleux pour mon premier album. Je ne sais pas ce qui se passera avec le deuxième album, peut-être que je détesterai ! Mais pour le moment, je garde dans ma tête ce premier enregistrement. C’était excellent, j’ai travaillé avec des super producteurs, ils avaient confiance en moi, j’avais confiance en eux.

Quelle est ta chanson préférée sur cet album ?
« Little by Little Love », la dernière chanson de l’album. Sur cet album, chaque chanson pour moi représente une étape de la vie. Le début c’est la jeunesse, la fin de l’album c’est la maturité. « Little by Little Love » est une sorte d’ode à ma jeunesse, je peux être un sac à tentations mais dans le refrain, je dis qu’il faut se tenir éloigner de tout ça. C’est une espèce de lettre pour un jeune homme de 23 ans qui grandit.

Il y a des chansons que tu n’aimes pas ?
Si je n’aime pas une chanson, je ne la mets pas. C’est mon premier album, j’ai vraiment fait en sorte de ne garder que les chansons que j’aime. J’avais beaucoup de titres et pour les choisir, je les écoutais encore et encore, et je prenais celles qui signifiaient quelque chose d’important pour moi. Elles représentent la maturité que j’ai longtemps cherchée. Il fallait que les chansons aient cette petite chose de magique en quelque sorte, qu’elles racontent l’histoire de Tom Grennan à l’instant T.

« Si on commence à écouter les critiques négatives, on perd confiance en soi. »

Il y a une chanson que j’aime beaucoup sur cet album c’est « Run in the Rain », peut-on en parler ?
Je me rappelle que quand j’ai écrit cette chanson j’écoutais beaucoup Paolo Nutini à cette époque. Je voulais écrire ma « Iron Sky ». J’étais étudiant et je me demandais comment faire pour devenir un songwriter comme lui. « Run in the Rain » raconte ce que je suis capable de faire par amour. Enfin, je crois. Je ne suis pas sûr. Je devais certainement penser à quelque chose de précis quand je l’ai écrite mais aujourd’hui, je n’ai pas vraiment d’explication sur ce qu’elle veut dire. Je veux simplement qu’elle exprime quelque chose pour quelqu’un et que chacun puisse l’interpréter à sa façon. Si elle veut dire quelque chose pour toi, c’est mission réussie.

Est-ce qu’écrire une chanson est un exercice difficile pour toi ?
Rien n’est vraiment facile, tu sais. Il faut sans doute creuser profondément. C’est à ça que ressemble la maturité. Quand tu parviens à faire ta propre introspection, que tu parviens à comprendre ce qu’il se passe dans ta tête, et que tu as la confiance pour dire vraiment ce que tu penses, ne pas te cacher derrière un mur. C’est ce qui m’est arrivé quand j’ai écrit « Run in the Rain », j’ai creusé au plus profond de moi-même.

Est-ce qu’il y a une critique que tu n’accepterais pas que l’on dise sur ta musique ?
Je ne sais pas, je ne lis pas les critiques. Il y a des gens qui n’aimeront pas ma musique, c’est normal. Chacun a sa propre opinion. S’ils n’aiment pas, qu’ils n’écoutent pas. S’ils aiment bien, qu’ils écoutent et qu’ils n’hésitent pas à me faire un feedback. Je préfère me concentrer sur le positif plutôt que le négatif. Si on commence à écouter les critiques négatives, on perd confiance en soi, en sa musique… Les commentaires négatifs, je les vois, mais je n’y prête pas attention.

Et le plus beau compliment  
Qu’une de mes chansons a sauvé la vie d’une personne. C’est le plus beau compliment que l’on puisse me faire.

Pour finir, quelques questions très rapides :

C’est quoi un jour parfait pour toi ?
Du soleil, un parc, des cigarettes et une bière. Et de la musique.

Ta collaboration parfaite ?
Avec Adele.

L’album parfait ?
Back to Black d’Amy Winehouse. Elle était tellement blessée, mais elle a apporté une espèce de lumière. Elle est tourmentée, cassée, mais ses chansons me rendent si heureux. C’est comme si l’ombre et la lumière fusionnaient.

Ta chanson parfaite ?
Il y en a tellement. En ce moment, j’écoute beaucoup Gram Persons, alors je dira qu’à ce moment précis, ce serait « She ». Magnifique.

La finale de Ligue des champions parfaite ?
Ah ! Bayern Munich / Manchester United 1999. On a fait le triplé championnat, coupe d’Angleterre, ligue des champions.

L’équipe de foot parfaite ?
Manchester United ! (rires)

À LIRE AUSSI >> Isaac Gracie : « Je suis toujours terrifié à l’idée de n’être pas fait pour ça »

Tom Grennan sera en concert au Café de la Danse, le 18 septembre. 

Propos recueillis par Sabine Swann B.

Advertisements