La Route du Rock, dernier festival rock de France ?

PROGRAMMATION – La programmation est prête. Les timetables sont prêtes. L’occasion de se convaincre que La Route du Rock est le seul festival qui porte encore bien son nom.

Le festival de ma jeunesse, ce sont les Eurockéennes. J’ai grandi dans l’Est, alors forcément, c’était le passage obligatoire. À l’époque (il y a une quinzaine d’années), certains se plaignaient déjà un peu que ce n’était plus le festival rock des débuts. Mais on ne va pas se leurrer, quand on compare la prog de ces temps-là et la prog actuelle, le mot rock ne faisait pas tant tâche qu’aujourd’hui. Mais la palme, pour sûr, revient cette année à Rock En Seine. Pas possible de faire moins rock en terme de programmation. Alors à quand un changement de nom de tous ces festoches ? Parce qu’on n’est pas loin de les attaquer pour publicité mensongère ou erreur sur la marchandise.

Adéquation ambition/programmation

Alors oui, ok, les temps sont durs, il faut faire venir du monde, il faut ratisser large. C’est ça l’excuse officielle pour les programmations thématiques, le hip hop en veux-tu en voilà, les grosses machines pop qui remplissent des stades, et l’électro pour faire danser les masses. Ué c’est sûr, la mode n’est pas au rock. Je suppose qu’à la fin, tout est une question de priorités. Et d’ambition, peut-être. Ou de niveau d’exigence.

À mes yeux, il n’y a peut-être encore que La Route du Rock qui maintient un semblant de cohérence avec son nom. Je ne vais même pas te parler des versions hiver, qui pour moi sont peut-être encore meilleures niveau prog sur l’aspect découverte. Mais parlons de cette version été 2018. Les têtes d’affiche : « Etienne Daho – Patti Smith – Phoenix – Nils Frahm ». Là tu vas me dire : « il est où le rock ? » Moi je te répondrai « Chez Patti Smith ». Mais ok, je peux concevoir que sur les têtes d’affiche, ce ne soit pas d’une évidence folle. Mais on s’en fout. Entre passionnés de musique, on sait bien que ce ne sont pas les têtes d’affiche qui nous décident à aller à un festival. Ce sont elles qui permettent de rentabiliser et d’inviter nos groupes fétiches.

« Y a plus de rockeurs, faut être honnête, il reste qui ? »

Et les groupes fétiches, ce sont ceux qui viennent à partir de la 4e ligne au mieux, voire les 2 dernières pour les plus irréductibles. Alors si t’aimes le rock, voilà ce qui est pour toi. En quelques mots, parce que faut pas déconner, on va pas non plus faire tout le travail. Va écouter. Va découvrir.

The Black Angels : du rock psychédélique qui vient d’Austin. Rien que ça tu devrais déjà être conquis, si tu ne les connais pas déjà. Parce qu’ils sont la relève du groupe suivant.

The Brian Jonestown Massacre : Légende. Anton Newcombe. San Francisco. Psyché / shoegaze. Je ne sais pas vraiment ce qu’on dit pour présenter un groupe qui s’est formé il y a bientôt 30 ans et dont rien que le nom est mythique. La tête d’affiche, en vrai, c’est eux.

King Tuff : là, au jeu des mots clés, il faut dire Sub Pop. Et il faut dire garage. Il part souvent dans des délires très psychédéliques, mais toujours bien entouré. La preuve en est de la présence de Ty Segall sur son dernier album Psycho Star.

The KVB : on passe à l’Angleterre, avec un autre groupe qui doit beaucoup à The Brian Jonestown Massacre et la vague créée par le Velvet et The Jesus And Mary Chain. Shoegazing et cold wave en perspective.

The Lemon Twigs : duo amoureux du rock des 60s qui fait paraître son 2e album sous forme d’opera-rock. C’est rétro, plein de synthés et brillant comme il faut.

Protomartyr : un groupe de Detroit très bruitiste, qui verse dans le post-punk souvent sombre et lourd. Ce n’est pas le dernier EP qui va le démentir.

Shame : chouchous absolus du (post)punk qu’on avait vu pour la première fois à la Route du Rock hiver l’an passé. Quelle joie de les retrouver sur cette affiche. Concert absolument immanquable pour tous ceux qui n’ont pas encore croisé leur route.

Le Villejuif Underground : parce qu’il faut bien prouver que la France aussi sait faire du rock, et quel rock ! On aura un des meilleurs groupes possibles pour le montrer, avec les protégés de l’écurie Born Bad Records.

Brace Yourself, Route du Rock. Ça va sautiller dans tes allées.

PS : moins rock mais immanquables, notre Marlon Williams adoré et Josh T. Pearson seront aussi de la partie. Ne les manque pas.

Le Route du Rock, du 16 au 19 août à Saint-Malo et au Fort Saint-Père

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