Pelpass Festival – notre bilan de cette 9e édition

FESTIVAL – Cette année, on était de retour au Pelpass pour une affiche alléchante. On vous dit tout de ce qu’on a aimé et découvert.

Soyons honnête, je ne suis pas une totale inconditionnelle du Pelpass. Ce n’est pas que je n’aime pas ce festival, c’est que je suis une petite nature. Déjà que les festivals en extérieur et moi, c’est pas le grand amour (sauf La Route du Rock évidemment, les vrais savent pourquoi). Mais disons que le premier festival de l’année en extérieur, c’est toujours quitte ou double niveau météo. Et comme le Pelpass se situe en plus en bord de fleuve, disons que je me permets de sauter l’une ou l’autre édition quand je sais que je vais me les cailler. Problème : c’était le cas cette année. Et pourtant, j’y suis allée. Pourquoi ? Parce que l’affiche.

Alors je crois que c’est à ce moment-là que je dois prévenir les afficionados. Oui, Angine de Poitrine était programmés. Non, ce n’est pas cette partie de l’affiche qui m’a convaincue de venir. Et d’ailleurs, je n’étais pas au Pelpass le soir où Angine de Poitrine se produisait. Voilà c’est dit. Alors si vous attendiez un report détaillé du pourquoi et comment ce buzz autour de ce groupe, eh bien je n’ai toujours pas la réponse. Cela reste un total mystère pour moi qui n’ai jamais une grande fan de polka dots. Mais heureusement, bien d’autres groupes étaient à l’affiche, et on va faire le tour en trois parties de ce qu’on a vu.

Les groupes qui ont motivé notre venue au Pelpass

C’est peut-être la première année sur ces 9 éditions que je connaissais autant de noms sur l’affiche. Miracle. Et j’en avait déjà vus quelques uns que j’étais impatiente de revoir. Le Lou, déjà, parce que son rap est insolent, joyeux et grave parfois, doux et incisif. Il nous parle de son EP Gaston, qui marque son passage à l’autoproduction, veut nous faire faire la fête même si “attention, pleurer c’est important”. J’avais lu un jour quelque part qu’il s’adressait aux “fatigués du cis-tème” et j’avais aimé la formule. Il le fait d’une manière qui est si peu autocentrée, et dans un tel partage, qu’on se sent vite très bien sur scène C (ah oui, il y a une 3e scène au Pelpass maintenant ? Décidément, il était temps que je revienne).

Même jour, même scène, un peu plus tard, TedaAk. On l’avait découvert à la Strasbourg Music Week de l’an passé. J’ai tenté de me faufiler dans le monde venu écouter sa techno complètement folle et survolté. Je n’ai malheureusement pas tenu très longtemps et ai écouté d’un peu plus loin, mais c’est toujours recommandé chaudement pour vos coups de boost.

Dernier groupe déjà vu, et pas des moindres : Snapped Ankles. Eux, ils m’avaient décontenancés à La Route du Rock été 2022 . Je découvrais leurs costumes mi-arbre mi-serpillère (pardon) et entre les lumières vertes et leur musique forte et qui ne s’arrêtait ni ne faiblissait jamais, je crois que je n’avais pas pu pleinement apprécié. Et pourtant, j’avais déjà complètement aimé. Mais ce soir au Pelpass, j’étais prête. Moins distraite par le look des londoniens toujours sans visage, et plus concentrée sur leur message. Un message qui est le titre de leur dernier album, qu’ils affichent clairement sur scène et qui résume à lui seul le concert qu’on a vécu : “Hard times requires furious dancing”. Oh que oui, ça a été furieux. On a collectivement furieusement dansé sous la tente A. Et c’était beau.

Les noms qu’on voulait aller voir

D’autres noms n’étaient pas inconnus au bataillon, sans que je les ai pourtant vus sur scène. Et ça, c’est le côté très pratique des festivals : on peut tenter des groupes qu’on ne serait pas forcément aller voir en salle. C’est comme ça que je me suis retrouvée au 2e rang du concert de Sam Sauvage, juste derrière un premier rang de groupies à pancartes. Parfait, pour moi qui voulais comprendre la hype des Victoires de la Musique. Musicalement, c’est quand même très efficace. Je n’ose pas dire facile, parce que je ne suis pas musicienne et que je serais incapable de faire ce qu’ils font, mais disons qu’on n’assiste pas à un concert de Sam Sauvage pour l’originalité des compos ou pour des solos incroyables. Musicalement dans la même veine, disons que l’électro-pop de Lescop ou de Yann Wagner est un peu plus intéressante.

En revanche, passées deux-trois chansons, j’étais gentiment en train de taper la mesure et de m’ambiancer comme les autres. Pourquoi ? Parce que le mec a une énergie sans borne, qui déborde constamment dans le public. Il sert des mains à tout va, fait des câlins au gens du public, les cherche et les trouve très vite. Alors oui, c’est variété, c’est très dandy-codé, le personnage manque un peu de nuance, les paroles bon, pas toujours ma came, mais ça marche. Le capital sympathie est énorme. Et certains titres comme “Boulogne” parviennent même à me choper complètement (peut-être parce que j’aime beaucoup cette ville). Bref, j’ai apprécié plus que ce que je croyais. Et puis il est photogénique le garçon.

Dans le même genre, “allons comprendre la hype”, je suis allée voir Zélie. Je fais partie de ces gens qui ne connaissent qu’une seule chanson, “Je ne serai jamais”, grâce à la Star Academy (jugez-moi). Je n’ai pas eu tout à fait la même expérience qu’avec Sam Sauvage. J’aime bien l’aspect chorégraphié dans son set. Mais j’aurais adoré le voir accentué avec d’autres danseurs. Ici, les titres s’enchaînent et se ressemblent un peu trop pour moi. D’autant plus que se faufiler pour prendre quelques photos a été un enfer et qu’il a fallu lutter avec tous les autres écrans levés. Bref, je suis passée à côté.

… et qui nous ont séduits

Autre groupe qu’on m’avait chaudement recommandé, c’était Dressed Like Boys. Et là, mamma mia. Les poils, les larmes. Ce groupe, c’est TOUT ce que j’aime. Du piano, des Belges, une voix, une complicité, de la beauté, de la classe, de l’engagement, et puis ça joue. C’est le genre de groupe qui devrait remplir des stades et jouer avec des orchestres symphoniques tellement c’est beau, tellement c’est grand, ce qu’ils font. Ils me cueillent complètement sur la chanson “Jaouad”, présentée comme écrite pour un artiste flamand et marocain, musulman, gay, et drag. Le refrain ? “Do you want to be understood without having to be understandable?” La perfection de ce refrain, et de la suite… “One breath at a time” répété en boucle… Je suis pas loin d’être à ramasser à la petite cuillère quand le concert se termine sur “Stonewalls Riots Forever”. Cet hommage à l’évènement qui a fait naître les prides partout dans le monde est grandiose et me plonge dans un état de réflexion que seule l’émotion m’empêche de creuser. Il est très très difficile d’enchaîner avec la suite après ce concert là. Notre claque de cette édition.

Dernier groupe recommandé, les canadiens de Velours Velours. Sur conseil d’Emma, je découvre ce groupe. Et je ne sais pas trop quoi dire d’autre que “c’est tellement québécois !” Ce que j’entends par là : je suis fan de l’accent, de la façon dont ils écrivent les titres, très descriptifs et sensibles, on les voit, on les sent, on les vit avec eux. Et puis ça sent le sirop d’érable. C’est doré, c’est sucré mais aussi foncé, robuste, plein et rond. La musique de Velours Velours, c’est tout ça à la fois, avec des touches de violons mi-lyrique mi-mélancolique, et parfois une belle dose de légèreté pour nous gonfler le cœur. Valeur sûre.

Les surprises du chef Pelpass

Et comme tout bon festival, sortis de nulle part, des groupes qu’on découvre et qu’on adore. Dans cette catégorie, je mets Brògeal. Un groupe mi-musique folk écossaise, mi-Oasis, qui fait danser le Pelpass au son de l’accordéon, du banjo, de la flûte. Il manquait les bagpipes mais tout cela était bien contrebalancé par un vrai côté rock. J’ai clairement entendu les Pogues là-dedans, vu l’énergie écossaise que j’aime tant (et qui me manque tellement, il est vraiment temps d’y retourner) et regardé les gens sauter en tout sens avec des énormes sourires partout sous la tente B. Un beau moment.

Autre groupe rock, autre île : Joe & The Shitboys des îles Féroé. La présentation pose le cadre : ils sont bissexuels et vegans. Ok les gars. On partage pas forcément le même maillot, mais ça ne nous empêche pas d’avoir la même passion : les concerts wtf, très “dans ta face”, à coup de titres de moins d’une minute, de pogo et de slams à répétition. C’est cinglant, effronté et forcément génial.

Pour finir, une découverte mais pas des moindres avec Melina. Une artiste franco-grecque ensorcelante. Oud, synthés, percus, la recette est implacable. Elle commence assise avec sa veste, continuera debout pleine de grâce dans ses danses. Elle nous parle d’un titre qui, traduit, signifie “reste chill et tiens-toi bien”. Et étrangement, cela reflète bien son univers. On la dirait issue du classique et en utilisant les codes pour les exploser dans le monde moderne. Son set est teinté de traditions mais aussi de touches presque urbaines, pendant que l’ensemble sonne très poétique. C’est un mélange vraiment hypnotique et d’une élégance folle, que j’ai très envie de revoir.

Vous l’aurez compris, même sans Angine de Poitrine, cette édition du Pelpass Festival s’est avéré un très bon cru. Bien contente d’avoir braver le froid et la pluie pour tous ces groupes ! Et si vous aussi, vous êtes une petite nature, vraiment, motivez-vous pour l’an prochain. Avec le réchauffement climatique, vous avez des chances de vous en sortir.