Francos de Montréal : (exceptionnelle) Klô Pelgag, Héron, Mantisse

COMPTE RENDU – On arrive à la fin des Francos de Montréal. Pas question de se relâcher. On a rendez-vous avec Klô Pelgag et Héron en passant quelques minutes avec Mantisse au passage.

Avant dernier jour des Francos de Montréal. L’été a décidé de se faire la malle. Malheureusement, si les températures basses nous arrangent, la pluie un peu moins. Cela dit, encore une fois, on se ne laisse pas décourager. On prend nos imperméables, nous ne sommes pas faits en sucre.

Parenthèse Mantisse

Mise en bouche compagnie de Mantisse (LaF) qui a annoncé quelques heures avant qu’il donnerait un spectacle surprise. En acoustique, au bout de la place des festivals. Après le rap, celui-ci explore le folk et la douceur.

La pluie s’invite mais c’est encore léger, tandis que des enfants chassent les mouettes. Les quelques curieux et les avertis se regroupent autour de Mantisse. Il joue les chansons de son premier album Les fleurs préférées de ma mère. Un premier album solo réalisé par son coloc, rien de moins qu’Étienne Coppée. On entend par vagues les mélodies (le Québécois s’adressant d’un côté et de l’autre pour ne laisser personne sur la touche). Forcément, le son n’est pas optimal. On a raté son lancement mais on se dit qu’on sera clairement du prochain concert que Mantisse donnera à Montréal pour découvrir son univers de façon optimale.

Découvrir l’album de Mantisse

Le foisonnant verger de Héron

Direction la Cinquième salle, au sein de la Place des arts. L’occasion de sécher ses pantalons carrément imbibés de la pluie des marches sur lesquelles on s’est assis quelques instants plus tôt.

Un long tapis et deux estrades rondes nous attendent sur scène. Héron (Henri Kinhead) est paré de sa clinquante veste noire de toréador aux détails nombreux et d’un pantalon aux détails de dentelle. La dernière fois qu’on l’avait vu (en finale des Francouvertes), il était accompagné par cinq musiciens. Pour ce lancement de son premier album, il y en a trois : Elisabeth Moquin (violon-podorythmie), Jérémie Essiambre (percussions) et Judith Little-Daudelin (voix/synthétiseur). Trois des musiciens avec qui il a enregistré son album, réalisé par Jérémie Essiambre. D’entrée de jeu, le quatuor présente « Verger », le titre homonyme de l’album qu’ils jouent pour la toute première fois à Montréal et en groupe.

Rires & chansons

Ce qu’on ne savait pas, c’est que Héron est en fait un artiste doté d’un excellent sens de l’humour. En plus d’être un bon orateur. Il ponctue son spectacle de nombreuses anecdotes détaillées et cocasses qui amusent beaucoup. Elles contextualisent et introduisent le plus souvent les chansons qu’ils interprètent juste après. Elles permettent de mieux appréhender les liens qui unissent Héron et ces textes naïfs de prime abord.

Ainsi, on apprend parler du groupe Facebook Spotted Queer Gaspésie et du mot « polycule » (polyamour + molécule) qui ont été, entre autres, à l’origine de la chanson « Bonaventure ». (On ne peut pas tout vous raconter mais quelle histoire !). Ou d’un épisode de jeunesse qu’il compare à American Pie boulevard Laurier à Québec, sous chocolats mush aphrodisiaques (« Roi de verre »). Ou enfin, des policiers qui, à l’époque, devaient prendre les homosexuels en plein délit (donc entrer dans la séduction ou cruising) pour pouvoir les appréhender (« Champ-de-mars »). Un policier revient souvent et Héron se demande à quel point faisait-il ça pour l’ordre ou pour son bon plaisir ?

« Le folklore m’a beaucoup donné », confie celui qui s’est passionné pour la musique traditionnelle sur le tard. Musicalement, Héron se veut un projet inspiré de la musique folk et trad. On l’entend facilement dans « Hirondelle », ou dans sa « chanson à répondre » romantico-coquine, « Confiture » où le public est invité à chanter. Imaginez les rires dans la salle au fil des couplets !

Mais comme beaucoup de musiciens actuels, le folk et le trad sont une base sur laquelle on retrouve, entre autres, des touches électroniques (« Echtra Condla »). Difficile exercice que de vous raconter ce spectacle sans vous spoiler. Car il y a une narration derrière Verger. Un fil à suivre, une logique vestimentaire, de la danse, des transitions instrumentales et une mise en scène qui apportent beaucoup à la musique. « Ruisseau » clôt le concert, dans un a cappella à quatre voix autour d’un même micro qui finit de nous enchanter. Définitivement un album à voir et apprécier en live.

Klô Pelgag, le remède à tous les orages

Quand on sort de la confortable Cinquième salle, il pleut de nouveau. La place des festivals est à moitié remplie. Après avoir rempli le MTelus quelques mois plus tôt, Klô Pelgag présente gratuitement, et sur une scène immense, un des derniers spectacles de sa tournée qui suit encore la sortie d’Abracadabra en octobre 2024. Autant dire que les musiciens et le show sont bien rodés.

Étonnamment (ou super-pouvoirs ?) la pluie s’arrête alors que Klô Pelgag fait son entrée sur scène, dans sa grande veste surdimensionnée et ses grandes boots noires qui lui dont des pieds de Diddle. Les jeux de lumières fluo complémentent l’atmosphère assez luxuriante qui caractérise la musique de la Québécoise (« Libre », « L’ombre des cyprès »). Tous les stands sont sur roulettes, ce qui permet des rotations fluides des configurations derrière la chanteuse. On n’est même pas étonné lorsque Klô ferme le demi-cercle avec ses musiciens et tourne le dos à son public lors de « Abracadabra ».

Les chansons de son dernier album sont sans doute les plus complexes et les moins accessibles de son répertoire, mais on est happé sur tous les mouvements sur scène et l’énergie du groupe qui joue pour une cause commune. C’est fascinant cette connivence ! Le public de la place des festivals, qui se remplit au fil des minutes, fond de mignonnerie lorsque Klô Pelgag invite sa fille à la rejoindre sur scène, celle pour qui elle a écrit « Lettre à une jeune poète ». La mini Klô a dans ses mains le caméscope qui servira à retransmettre des images live filmées sur scène par plusieurs protagonistes, dont Klô Pelgag fait elle-même usage pendant la soirée.

Le temps de Klô Pelgag

« L’es-tu correct le spectacle ? » demande soudainement Klô Pelgag. Avant d’ajouter sourire en coin, « c’est d’la musique québécoise… » sous un tonnerre d’applaudissements du public désormais nombreux. Entre temps, elle continue de surprendre et d’innover. Un mini orchestre de flûte à bac (jamais utilisées à l’école promet-elle), l’accompagnent sur « Le goût des mangues ». On ne pensait pas les flûtes à bec en plastique de notre enfance, capables de nous procurer des émotions.

Après « Décembre » et « Mélanine », l’artiste nous demande notre consentement pour interpréter « Comme des rames » en piano-voix (et quelle voix !). Moment d’une rare beauté, alors que la pluie s’est remise à tomber. Comme nos larmes. Après la première chanson de son répertoire, voici qu’elle interprète la dernière, « Le roi de la montagne », accompagnée de Joseph Mihalcean à la guitare acoustique, assis tous deux sur le devant de la scène, sous la pluie. Elle précise, toujours pince-sans-rire qu’il s’agit bien d’une chanson sur les violences conjugales et non sur les Snowbirds comme pensait un de ses amis. On pourrait croire ses textes absurdes, on vous invite à y plonger le nez plus sérieusement.

La dernière partie du concert est comme un feu d’artifice Loto-Québec ou un vaudeville. Assise sur les épaules d’un membre de son équipe, elle chante la tragique « Les puits de lumière » à travers le public, lentement, éclairée de bleu. Paul Piché fait ensuite une apparition sur scène, en caméo, tenant la main de Klô. Comme ça, sans rien dire, sans chanter. Arrive l’orageuse « Rémora » en pièce finale.

Puis, en guise de rappel, rien d’autre que sa reprise de « Le temps des cathédrales ». Et là, Bruno Pelletier apparaît tel Jésus au lac de Tibériade. Le public est ébahi et chante à tue-tête avec Klô et Bruno Pelletier qui n’a rien perdu vocalement. Fou (voir la vidéo). Le bouquet final débute par la sortie du chapeau de « Les animaux », tirée de L’étoile thoracique (10 ans déjà !) et d’une sortie de scène héroïque sur le thème de Jurassic Park. On est sur le cul (pardonnez la vulgarité). Quel univers, quel culot… quel modèle inspirant de la musique francophone ! Que serait le Québec sans Klô Pelgag ? Chapeau bas.

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Crédit photos : Emma Shindo