La Maison Tellier : « La musique n’est pas un papier peint sonore pour le texte »

INTERVIEW – Rocknfool a rencontré La Maison Tellier pour une interview sur les « mots » que nous évoquent l’univers crépusculaire et poétique du groupe.

« Les mots sont les passants mystérieux de l’âme », disait Victor Hugo. Et les mots qui sortent de la plume de La Maison Tellier sont de véritables passants d’émotion. C’est donc autour de quelques mots qu’on a discuté avec Helmut et Raoul Tellier, les deux têtes pensantes du duo. Un mot donne lieu à un sentiment. Une idée. Une évocation. Une histoire. 

Nostalgie 

Helmut Tellier : La première chose qui me vient à l’esprit c’est Radio Nostalgie (rires). Je crois que c’est un sentiment que j’éprouve volontiers. J’ai souvent été nostalgique de moments que je n’ai pas vécus. C’est un beau sentiment, mais je m’en méfie un peu car c’est un peu à double tranchant. C’est se souvenir de belles choses, d’une époque où il y avait plus d’insouciance. Mais en même temps, ça empêche d’apprécier le moment présent. J’ai arrêté la nostalgie, maintenant !

Mélancolie

Helmut Tellier : Je le relie à la nostalgie, ça va un peu de pair. Moi et le groupe, on est volontiers mélancolique. En tout cas dans ce qu’on a envie d’exprimer, même si on ne l’est pas dans la vraie vie. C’est une émotion qui est riche et qui me donne beaucoup de briques pour construire des chansons. En tout cas, beaucoup plus que la joie, ou la gaieté. C’est difficile de puiser dans la gaieté pour faire une chanson ou un texte. La mélancolie évoque plus la poésie, la littérature, c’est un champ d’émotions beaucoup plus faciles à exploiter.

Et faut-il être dans un état mélancolique pour écrire, composer une chanson ?

Helmut Tellier : Pas forcément. J’écris des chansons en étant angoissé, super content, triste… En fait, les moments où je suis triste ou joyeux, ou peu importe, je ne peux pas écrire. En revanche, un peu plus tard, je vais puiser dans le souvenir de ce moment-là, ou cela va revenir tout seul. Quand je gratte ma guitare, il y a quelque chose qui va se dessiner et va me rappeler ce moment particulier. Je sais maintenant que je vais me servir plus tard des moments tristes ou joyeux. C’est comme planter une graine, et voir si ça pousse ou pas.

Country

Helmut Tellier : C’est une musique qu’on a beaucoup écoutée. J’en écoute encore beaucoup. C’est un truc qui a façonné mon imaginaire d’enfant. J’ai le souvenir, tout petit, d’un ou deux albums de bluesgrass qui étaient chez mes parents et que j’écoutais. Je m’étais fait des K7 avec des chansons au banjo. Ça m’a fait voyager. Mais au même titre que Jacques Brel. Un été, j’étais tombé amoureux et j’ai fait chier mes parents avec une K7 de Jacques Brel que j’écoutais en boucle. Je devais avoir sept ou huit ans. Donc oui, il y avait la country, mais il y avait aussi le folk anglais, Neil Young, les Beatles, plein de choses qui sont apparues sur mon parcours d’amateur de musique et la country fait partie des plus vieux trucs qui m’ont touché. Mais il y avait des choses avant, comme Simon & Garfunkel. C’est un des premiers groupes sur lequel j’ai flashé. J’avais moins de dix ans. Ce sont les briques de base de mon ADN musical.

« On a une musique de crépuscule »

Chanson française 

Raoul Tellier : C’est un truc dans lequel j’ai pas mal grandi, et qui fait partie intégrante et fondamentale de notre groupe. Ça fait partie de notre culture, c’est ce qu’on a envie de marier avec une conception plus anglo-saxonne de la musique. Il y a un million de définitions possibles, pour moi, la chanson française c’est la prédominance du chant et du texte parfois au détriment de la mélodie, et nous, c’est ce qu’on essaie de gommer dans notre travail. L’idée c’est que la musique n’est pas un papier peint sonore pour le texte. Et la chanson française, c’est ultra vaste, ça peut aller de Gérard Manset à Christope Mae, et là-dedans il faut trier.

Helmut Tellier : Oui c’est un truc un peu fourre-tout dans lequel il faut faire le tri. C’est comme dans la country. J’ai l’impression que dans la country c’est un peu pareil. C’est relativement ciblé et dès que tu sors un peu de cette cible, ça devient un nouveau truc. La chanson française, regroupe tous les gens qui chantent en français. C’est une expression un peu galvaudée. Quand on nous demande, « qu’est ce que vous faîtes ? », nous on dit « ben on chante des chansons en français ». C’est un gros sac dans lequel il y a des jolies perles et d’affreuses immondices. (rires)

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Nuit 

Helmut Tellier : Je mens ? (rires) J’aime bien le crépuscule. La nuit, après ça me fait chier. Une fois qu’il fait noir, c’est noir. Le meilleur moment c’est quand le ciel étoilé apparaît. C’est ce que je préfère.

Raoul Tellier : J’aimerais bien pouvoir travailler la nuit. Mais ce n’est pas quelque chose de naturel, on a des rythmes biologiques qui font que pour moi la matinée est le moment le plus propice. On est pas des perdreaux, ce n’est pas vraiment un terrain d’expérimentations. Mais c’est vrai qu’on a une musique de crépuscule. Pas de la nuit, pas de fête. Ce n’est pas non plus une musique sombre, mais elle s’adapte bien à un soleil déclinant.

Helmut Tellier : La promesse de la nuit en fait. La promesse de la nuit est plus belle que la nuit elle-même.

Cinéma

Helmut Tellier : C’est une partie intégrante de notre culture. Je suis très admiratif des réalisateurs de cinéma, c’est un des boulots qui est au bout de la chaîne artistique. C’est un cerveau que je n’ai jamais réussi à appréhender. Avoir une telle image d’ensemble, jusqu’au moindre détail, c’est fascinant. Je suis plus admiratif du travail d’un réalisateur qu’un acteur. C’est un média ultra stimulant intellectuellement. Ça touche une fibre très intime chez les gens, comme la musique.

Propos recueillis par Sabine Swann Bouchoul

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