Maryline, le destin éloquent d’une femme qui se tait

CINÉMA – Un second long métrage pour Guillaume Gallienne qui excelle une fois de plus derrière la caméra. Avec Maryline, c’est l’histoire d’une vie simple et grandiose qui se tisse à l’écran. Magnifique.

Après Les Garçons et Guillaume, à table !, Guillaume Gallienne se lance dans un deuxième long-métrage, complètement différent : Maryline. Après la fiction autobiographique et l’auto-dérision qui jouaient le fil conducteur dans Les Garçons et Guillaume, à table !, c’est avec Maryline le drame et le destin inespéré d’une vie qui se jouent.

Maryline vient d’un petit village perdu au fin fond d’une campagne française. Sa famille est modeste mais elle semble vouée à un destin gigantesque. Devenue jeune adulte, elle monte à Paris pour devenir comédienne. Fragile, timide et peu loquace, son entrée dans le monde violent du cinéma n’est pas rose. La jeune femme essuie insultes et bousculades au point de perdre pied et de toucher le fond (notamment de la bouteille). Mais heureusement, à travers les embûches de la vie, demeurent quelques éclaircies qui la maintiennent en vie.

Maryline

Une femme simple au destin grandiose

Rien dans l’enfance de Maryline ne la prédestinait à la scène et pourtant il y a en elle un mystère qui fascine réalisateurs et metteurs en scène. Elle intrigue tellement qu’ils sont prêts à lui confier des rôle, la faire jouer, sans même l’avoir entendue parler. Mais Maryline n’a ni l’expérience, ni la confiance qui font d’une figurante une actrice, et ne cesse de décevoir. Malmenée par certains, elle est sauvée par d’autres avant de replonger au fil des coups durs de la vie. Il en faut néanmoins parfois peu pour qu’elle retrouve le goût de vivre : un chien croisé sur sa route un soir de beuverie, un compliment de la part d’une grande actrice, etc.

Maryline n’est pas maîtresse de ce destin, elle se fait bringuebaler sans ménagement, sans avoir son mot à dire sur ce qu’elle veut faire ou ne pas faire. Dès l’adolescence elle est vivement poussée dans un bus, on lui dit « ne reviens jamais ». Elle ne passe pas de castings, ou très peu, les hommes viennent à elle en lui disant « je te veux ».

Maryline

 

Le tournant que prend la carrière de Maryline est vécu malgré elle. Mue par la simple force de son énigmatique prestance, elle évolue dans un monde qu’elle ne choisit pas. On ne sait pas bien d’où vient sa force, mais quoiqu’il en soit, Maryline est destinée à vivre et à s’épanouir. Solitaire, moins par choix que par contrainte, elle prend finalement une seule décision, celle de dîner seule un soir de représentation. Et alors que la solitude était pesante et subie, lorsqu’elle est enfin choisie, elle donne lieu à une scène d’une magnifique générosité.

Une bienveillance émouvante

On entre dans la vie de Maryline avec pudeur malgré le voyeurisme évident à suivre sa progression dans la profession. C’est un regard bienveillant que pose le réalisateur sur son personnage. Bien que Maryline baisse parfois les bras là où l’on aurait aimé qu’elle s’endurcisse, on ne peut que s’émouvoir de cette vie injustement meurtrie. Lorsque l’on pense, enfin, que le pire est passé, d’autres tourments s’abattent sur elle. Mais la jeune femme s’accroche et après les longs orages c’est un beau ciel bleu protecteur qui se pose sur elle. Longtemps le spectateur ressent une compassion sincère pour ce personnage qui est laissé seul et impuissant face aux aléas qu’on lui impose.

Mais l’émotion, qui était née de bienveillance et de mansuétude, se transforme en une émotion suscitée par la bonté de certains adjuvants. Maryline est soutenue et sauvée. Son talent, en premier lieu, la sauve. Et ceux qui perçoivent l’étendue de ce talent, derrière la carapace muette, permettent à la jeune femme de renaître. Après maints tourments, on remercie le scénario qui offre à Maryline un destin grandiose et une fin digne des plus grandes apothéoses.

Maryline, de Guillaume Gallienne, en salles depuis le 15 novembre, avec Adeline d’Hermy, Vanessa Paradis, Alice Pol, Xavier Beauvois.

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