No need to argue anymore, Dolores…

DÉCLARATION D’AMOUR – Parce que l’on se refuse à appeler nécrologie ces quelques phrases en hommage à Dolores O’Riordan, LA femme artiste de nos 90’s chéries.

Drôle de sensation pour la relative jeune équipe que nous sommes chez Rocknfool, de devoir, quasi chaque mois ces deux dernières années, nous distribuer la rédaction des articles hommages à nos idoles décédées. Aujourd’hui Dolores O’Riordan, chanteuse charismatique de The Cranberries. Certains, comme Cohen peut-être, nous laisse certes inconsolables, mais sont « seulement » victimes des lois de la nature, du temps qui semble passer encore plus vite quand le talent est immense. D’autres nous attrapent par surprise, et nous laissent en état de sidération, tel le smiley et ses yeux écarquillés en « What the fuck ? ». 46 ans Dolores, ce n’est pas un âge pour mourir et quitter la fête…

 

Ce matin je me suis dit en partant travailler « tu vas te mettre du Cranberries dans la bagnole, une liste aléatoire de Spotify pour te refaire les vieux titres et gueuler avec Dolores ! » True story. Pourquoi ce matin plus qu’un autre ? Car ré-entendre ce week-end  le titre « Dreams », qui en France fut le spot télé de l’office du tourisme irlandais pendant plusieurs années, fut un vrai régal et j’avais envie de replonger pour la énième fois dans tous les nombreux tubes du groupe.

Oui les albums des Cranberries font partie de ceux que j’emmènerai sur une ile déserte, toujours et encore, depuis plus de 20 ans. Je peux chanter deux albums entiers par cœur et avoir encore à chaque écoute la chair de poule. Donc pour cette fois c’est à la « vieille » de l’équipe que revient la triste tâche de parler de SA Dolores. Car moi en 1993-94, époque No Need To Argue, j’ai 15 ans et je construis la future Math’. Et Dolores y contribua tellement et a donné à cette ado tant de courage, d’énergie, de force que je voulais partager cette déclaration d’amour.

Peu importe ce qu’elle était devenue ces dernières années, une mère de famille irlandaise plus ou moins rangée, trois enfants pour lesquels elle tenait le choc. Mais ayant souffert enfant d’abus sexuel (thème souvent abordé dans ses chansons comme « The Icicle Melts »), elle était souvent rattrapée par ses démons, sujette à la dépression, bipolaire, anorexique, elle a même fait une tentative de suicide. Elle était aussi croyante et s’était fréquemment illustrée en prenant part à des causes polémiques, comme le mouvement anti-avortement ou en se prononçant pour la peine de mort « dans certains cas ». Peu importe, tout ça aujourd’hui, même si on en a été déçu, forcément, mais au début des années 1990 on était loin de tous ces revers de la célébrité, Dolores était simplement LA femme rock. Et c’est elle que l’on pleure aujourd’hui…

Dans une époque qui voyait naître le grunge, la défonce, et surtout beaucoup d’idoles masculines, Dolores proposait autre chose. Une Irlandaise déjà, donc une Européenne, provenant d’un pays à la convivialité légendaire, qui sent bon la pinte de Guinness ! Pas une américaine sophistiquée. Une femme parlant notamment de la politique de son pays, « Zombie », le plus gros tube à l’international des Cranberries, nous força tous à l’époque à mettre le nez dans nos manuels d’histoire et à comprendre ce qu’était l’IRA. Malgré U2 et son « Sunday, Bloody Sunday » la génération née autour de 1980, on avait déjà tout oublié de ce conflit. Alors que l’on n’est pas si loin de chez nous, dans une Irlande aux dimensions humaines comme notre vieille France. Même leur musique prend des accents celtes, du rock mais avec des cordes et autres orgues catholiques.

The Cranberries n’étaient pas musicalement le groupe du siècle. Tout apprenti guitariste vous dira que ce sont en gros trois accords combinés différemment dans les titres et tournant en boucle, donc assez chiants à jouer au final. Donc pourquoi ce succès ? Parce que Dolores ! À la tête de ce troupeau de mecs elle était brute et pourtant féminine en diable. Les cheveux courts une bonne partie de sa carrière, pas tout à fait jolie, et pour autant, les jeunes fans, nous voulions toutes être Dolores quand on serait grandes. Sa voix était superbe, aussi grave qu’aigue, et se tendait souvent vers un cri, une douleur, une colère à sortir, un hymne. À l’écouter chanter on ne se posait pas la question de l’égalité homme-femme, regardez-la enfin ?! Sans se poser en féministe ou porte-parole de la lutte des femmes, elle en était pourtant l’égérie évidente et naturelle. Elle était rock, moderne, punk, et donc libre. J’ai bien sûr porté les cheveux courts peroxydés et le plus beau compliment que l’on ne m’ait jamais fait, c’est de me dire : « oh tiens vous ressemblez à la chanteuse des Cranberries »… Parce ce que ressembler à cette passionaria au début de ma trentaine, c’était un but en soi atteint pour l’ado de 15 ans.

Alors malgré une carrière solo assez peu remarquable, un retour avec The Cranberries et l’album Roses en 2012 qui ne renoua pas avec les succès des années 1990, Dolores était toujours aujourd’hui une des artistes les plus marquantes et emblématiques de notre discothèque. Le groupe avait souhaité se lancer dans une tournée acoustique en 2017 qui se vit annulée à Lyon fin mai. Il était donc dit que nous ne nous verrions jamais « en vrai » ma belle. Je ne suis pas éplorée et orpheline comme les fans de Johnny en décembre, mais l’ado de 15 ans à qui tu as collé des ailes dans le dos a besoin d’un sacré remontant ce soir. Disparaître « soudainement » comme le commente la presse depuis quelques heures, à 46 ans, alors qu’on enregistre un nouvel album, cela n’a aucun sens et nous laisse tous le cœur lourd.

Mais même si ta musique pouvait nous prendre les tripes, traiter de sujets graves, elle n’était pas larmoyante, jamais, c’était souvent au contraire une rage et un souffle d’énergie pour garder la tête haute et hargneuse. Donc montons le son, chantons faux en hurlant dans une tentative improbable et désespérée de te ressembler Dolores, et faisons résonner tes nombreux tubes dans nos maisons ! Mais peut-être demain seulement, car là quiconque écoutera ce soir « No Need To Argue » ou encore « When You’re Gone » ne pourra empêcher l’ado en lui de verser une larme pour toi…

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