Mile Ex End 2019 : le décoffrage brut de Kevin Morby et l’ardent d’Adam Naas

LIVE REPORT – Le Mile Ex End ouvrait ses portes pour sa troisième année d’existence sous le Viaduc de Rosemont. Retour sur les concerts de Kevin Morby et d’Adam Naas.

Les terribles nuages noirs qui paradaient sur Montréal en matinée sont désormais loin. À la place, le soleil a repris le dessus, sans pour autant nous réchauffer de ses rayons. La 3e édition du Mile Ex End Festival ouvre ses portes en fin d’après-midi, la veille du long week-end de la fête du travail. Direction le Viaduc Van Horne où les notes résonnaient jusqu’au métro Rosemont.

Kevin Morby n’en a rien à faire des apparences. Il se présente en retard sur scène pour le premier concert de la première journée, les cheveux sales et avec le minimum syndical d’interractions avec le public. L’Américain s’accompagne d’une guitare électrique sur laquelle il n’est pas très tendre.

À ses côtés, un saxophoniste-flûtiste pour quelques interventions mélodiques du plus joli effet. Pourtant, impossible de ne pas trouver à Kevin Morby le charme de ces songwriters nord-américains engagés mais désabusés par la vie, qui arpentent les scènes des petites villes, la boîte de guitare sur le dos. Ces artistes à qui, une simple guitare et des textes sensés suffisent pour captiver le badaud.

C’est avec « Congratulations » que son concert débute, suivie de « OMG Rock n Roll ». « Quel endroit exceptionnel » s’exclame-t-il à moitié du set. « C’est la première fois que je joue en dessous d’une route… à part pour deux personnes », poursuit-il dans un sourire.

Dans le public, quelques fans dispersés dans le parterre sifflent d’enthousiasme lorsque les premiers accords de « I Have Been To The Mountain » retentissent. On se demande si un backing band n’aurait pas été de trop, bien que le guitare-voix mettent considérablement en valeur les textes de Morby. Notamment « Beautiful Strangers », chanté avec sa moitié qui rejoint la scène le temps d’une chanson. Une chanson hommage à ces beaux inconnus qui se retrouvent au mauvais endroit au mauvais moment lors d’épisodes de violence. Tous les revenus ont été remis à une organisation américaine pour le contrôle des armes à feux (Everytown For Gun Safety).

Morby finit son set en solo : la primeur d’une nouvelle chanson puis une superbe version guitare-voix de « Harlem River » où l’artiste finit par superposer des nappes de guitare en un crescendo d’intensité divin.

Adam Naas et l’amour fougueux

Dans un tout autre univers, on rejoint Adam Naas de l’autre côté du viaduc. Avec ses trois musiciens, le Français vient présenter son premier album, The Love Album, sorti il y a un an. Théâtral mais authentique, Adam Naas surprend le public de son timbre de voix de tous les possibles. Des graves caverneux à des aigus dignes de Mariah Carey, l’étendue vocale de l’artiste convainc toute l’assemblée. Ce n’est pas pour rien que les médias associent Naas à Prince.

Maniéré et sans gêne, Adam Naas n’y va pas par quatre chemins pour séduire les Montréalais de sa pop soul. Il invite tour à tous les gens à « se pécho » dans les buissons ou derrière les arbres sur « The Love », traite les gens en couple d’abrutis (« No Love Without Risk ») et propose un « moment émotion » avec « Fading Away ».

Yeux cernés de maquillage noirs, il dévisage la foule avec sérieux. « Je ne sais pas si je dois parler français ou anglais… Je ne suis pas drôle quand je parle en français » avoue-t-il après que quelqu’un a crié « français ! ». Il jonglera tout de même entre les deux langues, bien que toutes ses paroles soient en anglais. Petit bémol sur quelques faussetés qui n’enlève toutefois rien à la qualité de la prestation scénique de l’artiste.

Photos : Emma Shindo

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