« On the Other Side » : 5 questions à Blanco White

INTERVIEW – Début juin sortait « On the Other Side » le premier album de Blanco White. Une fabuleuse échappée belle qui transporte et émeut.

Ce premier album de Blanco White, je l’écoute depuis plusieurs mois déjà. Je l’associerai toujours à ces longues semaines de confinement. Quand il faisait encore frais (froid) à Montréal, et que la musique me servait d’échappatoire à cette étrange réalité qui frappait la planète sans qu’on en comprenne encore bien les tenants et aboutissants.

Je me souviens avoir lancé On the Other Side, calée dans mon fauteuil en osier, les pieds sur mon matelas, alors que le jour déclinait par la fenêtre. Je m’arrêtai après quelques minutes d’écoute, tant les premières chansons comprimaient mon cœur d’un bonheur soudain. Ce sentiment extrêmement réconfortant que la musique te parle, qu’elle et toi étiez faits pour vous rencontrer. C’est bête hein. Le « ça, c’est exactement ce que j’aime, ça me parle ». Cette compatibilité que tu ressens au plus profond de toi. Une épiphanie, une vraie.

Voyage, voyages

Blanco White (de son vrai nom Josh Edwards) a commencé à mettre sa musique en ligne en 2014. À 10 ans, il fait un voyage qui va changer sa vie, et sa perception de la musique. Ses parents l’emmènent en Amérique du Sud. Il en garde un souvenir impérissable et fait plus tard des études en espagnol. Il voyage ensuite en Andalousie où il prend des cours de guitare flamenco, puis en Bolivie où il apprend le charango. Une passion dont s’est naturellement imprégnée sa musique dès la sortie de son premier EP en 2014. 

Après un trio d’EP contenant les remarquées « Colder Heavens » et « Olalla » (qui a fait son chemin jusqu’à l’album), il faudra attendre juin 2020 pour la sortie de son premier long jeu contenant onze chansons. Un petit écrin de folk gorgé d’âme et de quiétude apaisante qui s’écoute de préférence en regardant un beau coucher de soleil décroître derrière une montagne ou un océan.

Une pépite

On s’enivre de terres lointaines (« Kauai O’o », « Samara », « Mano a Mano ») grâce à ces rythmiques entraînantes et ces sonorités d’ailleurs (« Desert Days »). On s’émeut en écoutant de douces et touchantes déclarations d’amour présent et passé plus épurées (« I Belong to You », « Papillon »). On se laisse subjuguer par la beauté du délicat chant des guitares (« So Certain », « Chasing Dials ») et des cordes et de ce charango espiègle (« All That Matters »). Sans parler de ce timbre de voix franc et et lumineux qui semble ne jamais fléchir dans la délivrance des émotions.

On the Other Side est un formidable album. Blanco White parvient à nous prendre un par un, par la main, pour nous faire parcourir son monde, un folk nappé de douces aspérités d’ailleurs, de rythmes qui viennent nous chercher et de teintes ensoleillées, empreint d’une mélancolie finement dosée. Définitivement une des pépites de l’année.


Rocknfool : Qu’est-ce que ça fait de pouvoir enfin sortir ton premier album, quatre ans après ton EP The Wind Rose ?

Josh : Je suis vraiment content qu’il soit enfin sorti ! J’ai toujours rêvé de faire un album, et j’y ai mis beaucoup de moi dedans. C’était comme voir enfin la lumière au fond de ce long tunnel dans lequel je m’étais engouffré depuis un bon bout de temps. L’album a été masterisé à Abbey Road la veille de la quarantaine, donc c’est certain que c’était un grand soulagement de réussir à tout finir juste avant que tout soit fermé.

Est-ce que ton album ne serait pas la parfaite échappatoire pour voyager dans son propre esprit ? Un bol d’air frais, un médicament qui apaise ou une opportunité de se créer des milliers d’images et de rêves d’un futur où nous serons enfin autorisés à revoyager et se rencontrer comme avant ?

J’ai toujours voulu faire une musique qui transporte et qui soit évocatrice, je suis content que tu l’aies ressenti comme ça. Quand j’écris, je recherche des sons et des émotions qui m’amènent loin du quotidien et qui stimulent mon imagination. Écrire de la musique est un vrai processus interne, mais c’est aussi une expérience visuelle. Cette impression de s’échapper, de voyager ailleurs, ou de s’immiscer dans un monde ou un espace évoqué par la musique, c’est quelque chose que je trouve à la fois excitant et mystérieux. J’espère que celles et ceux qui écoutent ressentiront ça aussi.

J’ai eu le sentiment que ton album était fait pour nous déraciner de nos vies d’Occidentaux citadins de grandes métropoles pour nous conduire près d’une fenêtre s’ouvrant vers de nouveaux horizons. Plus on entre dans tes chansons, plus on entend des instruments auxquels on n’est pas ou peu habitués. Il y a une rupture entre « All That Matters » et « Samara », et il y a un vrai parcours entre la 1re chanson « On the Other Side » (en anglais) et la dernière « Mano a Mano » (en espagnol). Comment as-tu conçu ta tracklist ?

La tracklist a été plus compliquée à monter que ce à quoi je m’attendais. Cela dit, le début et la fin ont toujours été clairs pour moi. Je savais que je voulais ouvrir l’album avec « On the Other Side ». Quand je l’ai écrite, elle m’a semblée être la porte d’entrée, j’avais enfin trouvé ce que je recherchais. Cela m’a donné une vision beaucoup plus claire de ce que je voulais comme son pour la suite de l’album. L’introduction de cette chanson m’a paru être une ouverture subtile qui rend la musique de plus en plus nette. Je savais aussi que je voulais ajouter une outro à la fin de « Mano a Mano », pour terminer l’album avec une chanson dans une chanson, ou presque. La dernière partie de cette chanson parle plus directement aux auditeurs grâce aux paroles (dame la mano, donne moi la main). Et tout comme « On the Other Side », c’est une invitation à pénétrer plus profondément dans l’univers de cet album.  

« Je ne voulais pas perdre l’individualité de chaque chanson dans l’album. »

Choisir l’ordre des autres chansons a été plus difficile. C’est sûr qu’il y a des différences entre « Samara » et « All That Matters » puisque celle-ci est une de mes plus vieilles chansons, avec un rythme plus léger. Alors que Samara est plus centrée sur le groove. C’est, par ailleurs, la dernière chanson que j’ai écrite avant d’entrer en studio pour enregistrer. Au départ, j’avais pensé à réunir toutes ces anciennes chansons, mais elles finissaient par se confondre. Certaines devenaient plus lourdes et plus tristes que ce que je voulais. À la place, j’ai décidé de ponctuer le flow de l’album avec des changements d’ambiances et de contrastes. Selon moi, cela a donné à chaque chanson plus d’espace pour respirer, ce qui était important pour moi, car j’ai travaillé sur chacune d’elles individuellement. Je ne voulais pas perdre ça dans l’album.

Peux-tu nous raconter l’histoire de « All That Matters », qui est, selon moi, l’une des chansons les plus puissantes de l’album ?

Rythmiquement la chanson est construite sur des rythmes cueca et bailecito des Andes. Pour moi, « All That Matters » est l’une des chansons les plus vulnérables de l’album. D’un côté, c’est une déclaration d’amour pour l’esprit créatif d’une personne, mais d’un autre côté, elle pose des questions plus larges sur le sens de la vie. Cette chanson célèbre également l’émerveillement et la transcendance qui vont souvent de pair avec le fait d’être vivant, même si je crois que nous sommes sur Terre pour aucune raison.

« Je crois que nous sommes sur Terre pour aucune raison. »

Quel est le souvenir que tu garderas à vie rattaché à ce premier album ?

La partie que je préfère dans la création de la musique, c’est le processus d’écriture. Quand tu en es encore à chercher les premiers fragments des chansons. Ces moments-là sont de la créativité pure, quand tu es au plus proche de ce subconscient responsable de tellement de tes décisions. Je me sens très libre et la genèse d’une bonne idée est souvent excitante.

Mes souvenirs préférés de l’album sont liés à ces émotions-là lors d’un voyage que j’ai fait dans la pointe sud de l’Espagne en hiver 2018-2019. J’ai fini d’écrire quasiment tout l’album dans des endroits isolés et absolument magnifiques. Je me suis vraiment perdu dans ce que je faisais, travaillant des heures durant pendant la nuit. En y repensant, on dirait un rêve. C’était définitivement un moment spécial…

Bonus : 5 chansons que tu as beaucoup écoutées en faisant cet album.

On the Other Side – Blanco White (Yucatan Records/Idol)

Propos recueillis par Emma Shindo.

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