On a vu : « Tempestad » de Tatiana Huezo

DOCUMENTAIRE – En ce moment je suis dans une période documentaires forever. Les fictions et autres séries me gavent à 99%. C’est donc avec grand intérêt que j’ai louché sur la programmation du Festival Viva Mexico, qui met à l’honneur pendant une semaine des productions mexicaines, dans lequel figurent quatre documentaires.

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Tempestad (littéralement « tempête ») est un documentaire plutôt sobre à première vue. Deux témoignages exhaustifs entrelacés se font entendre à tour de rôle, tandis que défilent des courts plans de vie quotidienne. Des plans statiques de vie en mouvement : une caméra fixe un moment de vie qui passe, un paysage qui défile à travers la fenêtre d’un car, le couvre-feu qui immobilise une ville, l’intérieur d’une caravane… Presque des tableaux qui s’effacent les uns après les autres, nous plongeant dans une certaine torpeur visuelle. La réalité de ces plans n’est là que pour donner vie aux voix. Deux femmes se livrent avec une indiscutable sincérité. Elles ne s’adressent pas à une caméra scolairement pointée sur elles, on les devine, une seule des deux apparaîtra brièvement, perdues dans ce flot continu d’images lyriques. Leurs voix servent de lien et de liant et résonnent dans nos conscience. C’est la force du documentaire.

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La première femme narratrice a été arrêtée par le gouvernement mexicain, et emprisonnés sans motif (et sans procès) avec plusieurs collègues dans une prison auto-gérée par un cartel. Elle conte sa descente aux enfers : de son travail quotidien à l’aéroport de Cancun, à la torture. Elle détaille son arrestation « officielle », son motif d’incarcération (le trafic d’êtres humains et les chiffres que doivent faire le gouvernement pour prouver qu’il lutte contre le crime organisé), puis son incompréhension lorsqu’elle comprend qu’elle a été livrée comme des dizaines et dizaines d’autres personnes à la milice d’un cartel, qui leur extorque de l’argent en échange de leur survie dans cet « établissement pénitencier privé ». Et puis un jour, soudainement, elle est libérée, comme ça. Comment retrouver un semblant de vie après cette injustice ?

La seconde travaille dans un cirque. Elle est clown. C’est une affaire de famille. Seule sa plus grande fille faisait des études supérieures, avant d’être enlevée, un beau jour, par un réseau de fils de policiers corrompus jusqu’à la moelle. Elle nous parle de l’avant, et de l’après. Qu’on fait les institutions censées les aider, la rançon, les mauvais conseils, l’incompréhension, puis la peur, les doutes, et l’amertume qui naît avec la prise de conscience. Les années qui s’écoulent, les recherches… et l’espoir.

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Ce sont deux femmes fortes mais ébranlées, qui se confient. Non pas par défi et provocation, mais parce si on les sent défaites et rongées par la souffrance, la société n’est pas parvenue à les anéantir complètement. Pourtant, ce sont deux femmes que la vie a brisées sans aucune raison. Deux femmes qui tentent tant bien que mal de survivre dans un pays gangrené par la corruption et la violence quotidienne. Ce Mexique que nous montre Tatiana Huzeo n’est pas le Mexique que l’on voit sur les cartes postales. C’est un Mexique en proie à ses démons, un pans du Mexique qu’on préfère passer sous silence. Impossible de rester muet après avoir visionner ce superbe documentaire, bouleversant dans sa narration et troublant dans sa justesse.

Tempestad de Tatiana Huzeo (105 min.), le 17 octobre sur ARTE.

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