Décibulles 2021 : Laake et Ben Mazué pour ouvrir les festivités

LIVE REPORT – Dans la courte liste des festivals qui ont fait le choix et réussi à se maintenir, place aux Décibulles, avec en guise de première soirée un nom qu’on avait hâte de retrouver.

Le retour en festival, ce mélange d’appréhension et d’excitation… 1500 personnes réunies avec pass sanitaire et autorisation de rester debout (ô joie, il nous en faut peu finalement), c’est un peu ce qui m’est arrivé de plus “gros” ces derniers mois (années ?!). Alors forcément, la hâte et puis le point d’interrogation sur la façon dont les gens allaient gérer cela. Et finalement, une fois là-bas, c’est un peu comme si rien n’avait changé.

Les gens qui décident que leur mission ultime sur cette terre, c’est de chanter plus fort que l’artiste. Le fan club hystérique qui crie alors que le mec sur scène essaie juste de parler. Les gens là presque par hasard qui ressentent le besoin de partager à voix haute leurs impressions à la ronde, et tant pis pour la musique. Tout y était. Mais heureusement, le retour les pieds dans la paille ne s’est pas résumé qu’à cela. Il s’est surtout résumé aux artistes de la soirée, Laake et Ben Mazué.

Les eaux froides et saisissantes de Laake

Laake fait typiquement parti de ces artistes que je ne serai jamais allée voir en salle et que seul un festival peut me faire réellement découvrir live. Un peu à l’image d’un Nils Frahm que j’avais vu à la Route du Rock et qui était d’ailleurs lui-même tombé sous le charme de Laake à ses débuts. Accompagné d’un quartet à corde, le pianiste est heureux de présenter enfin ses titres, ceux de l’album O, au public.

Le subtil mélange de classique et d’électro est un véritable numéro d’équilibriste, oscillant entre une certaine urgence intérieure (le piano sur “1989”) et un lyrisme sombre dicté par les violons et les sons électroniques. Sa voix vient ponctuellement ajouter encore plus de profondeur, pour un effet d’outre-tombe saisissant, qui n’est pas sans me rappeler Soap&Skin par petites touches. Mais comme elle, il est clair qu’un festival en plein air et sous la lumière du jour ne rend pas totalement honneur à la musique. Une bonne excuse pour aller le retrouver cet automne à l’espace Django à Strasbourg, le 17 novembre. Si tout va bien.

Aux Décibulles, un public plus qu’enthousiaste

Et dans la droite ligne des artistes qu’il vaut mieux voir en salle – mais bon, on ne va pas cracher sur un petit concert en festoche, parce que toi-même tu sais, il est de ces artistes qu’on ne refuse pas de voir, hein, alors on y fonce, on y court, et on en est très heureux, voilà – j’ai nommé Ben Mazué. Enfin, enfin ! découvrir son Paradis sur scène ! On le sait bien, Ben Mazué s’écoute religieusement. Bon. De ce côté-là, malheureusement, le mémo n’a pas été distribué à tout le monde… Au point de peut-être même décontenancer un peu le garçon, qui s’est retrouvé 2 ou 3 fois coupé dans ses tirades par un public trop extatique. Mais comment en vouloir à cette petite foule, trop heureuse de se retrouver sous le ciel bleu pour chanter à l’unisson ?

Dès les premières minutes, on voit la scénographie très réfléchie pour ce nouveau set. Un écran blanc sur lequel sera par exemple diffusé l’ombre de Ben Mazué pour “Quand je marche” ou le visage de Pomme pour recréer le duo “J’attends”. Robin Notte et Clément Simounet dans un coin pour les arrangements. Une petite estrade avec une guitare de l’autre côté que Ben viendra chercher pour “Nous deux contre le reste du monde”. Et le devant de la scène pour l’essentiel. Autant de coins que le chanteur viendra investir au gré des titres.

Ben Mazué, guide de paysages intérieurs

Des titres qui ne seront que des étapes dans un schéma beaucoup plus grand. Parce que Ben Mazué a décidé de faire de ce set une rencontre plus qu’un concert. Presqu’un one-man show, si ce terme ne se réduisait pas aujourd’hui à l’humour. À tel point qu’on ne sait plus trop qui sert quoi. Les moments parlés servent-ils les chansons ? Les chansons servent-elles les moments parlés ? Peu importe finalement, parce qu’on est envouté. Immédiatement. Irrémédiablement. C’est le pouvoir de cet homme. Qu’il parle de La Réunion, de son père (“Illusion”), de sa rupture, de ses fils (“Mathis”), on est touché. On est touché parce qu’on s’y retrouve tous un peu, forcément.

Et peut-être aussi à cause de ce petit côté voyeuriste qui sommeille en chacun de nous. La première fois que j’ai écouté Paradis, je me suis surprise à penser qu’on tenait là une seule version de la rupture, et que je n’aimerais décidément pas être la personne qui détiendrait la 2e moitié de l’histoire. Ben Mazué a en effet une capacité à raconter ses moments de vie avec une facilité déconcertante, si emplie de poésie qu’on en oublie presque à quel point tout cela est intime. Je ne sais pas ce que cela lui demande, de partager avec nous tout cela. Ni d’ailleurs ce que cela implique de sacrifices et de besoin viscéral.

Mais une chose est sûre, son set est une invitation à serpenter avec lui dans les méandres de sa vie qu’on accepte bien volontiers. Et quand il conclut par une phrase de Bashung disant que “dans les concerts réussis, on a l’impression d’avoir volé un moment de paix”, nous on ne rêve que d’une chose : en voler beaucoup d’autres.

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