Cher Bob Dylan, bravo pour ton prix Nobel, tu le mérites

HUMEUR – Certains semblent choqués par le prix Nobel de littérature attribué à Bob Dylan, ce jeudi 13 octobre.  Moi, je le félicite.
Cher Bob Dylan,

En France, ils sont nombreux à rire de toi. Ils ne comprennent pas comment toi, vieux débris de 70 balais passés qui n’a plus vraiment rien écrit depuis des lustres, tu peux te voir décerner un prix Nobel de littérature. Enfin, c’est vrai quoi, tu n’es qu’un chanteur. Un chanteur de folk. Un chanteur has-been pour beaucoup.
Dans l’esprit des gens, en France, folk = musique ringarde. En plus manque de pot, ce prix Nobel, a été annoncé un mauvais jour. Cette chèvre d’Hanouna lançait ses 35heures, la Manif pour tous se remettait à trottiner et les rigolos des Républicains débattaient sur des sujets aussi creux et vides qu’une noix de coco sur Koh-Lanta. Ah, et ce jeudi, c’est Secret Story. Autant te dire qu’en France, ce jeudi, ça ne volait pas très haut. Intellectuellement, c’était dur.

Et voilà que les Suédois balancent ton nom, genre toi, prix Nobel de littérature. Espèce d’imposture, va. T’as pas honte, Bob, de voler un prix dont personne ne se soucie le reste de l’année ? Tu n’as pas honte de voler le prix destiné à un vrai auteur. Un mec (ou une nana) qui écrit vraiment des choses poussées, intelligentes, fortes ? C’est vrai que tu n’écris pas. C’est vrai que les chansons ne sont pas composées de paroles. C’est vrai que tes paroles n’ont jamais rien dénoncé. C’est vrai que ta plume n’est pas très soignée.

Si t’étais mort (ce que je ne souhaite absolument pas, je ne suis pas encore remise de la disparition de David Bowie), et si c’était un prix remis à titre posthume, peut-être que cela aurait suscité une vague d’émotion. Peut-être que les sites d’informations se seraient mis à faire des playlists de tes plus belles chansons, peut-être qu’ils auraient rappelé au commun des mortels que Bob Dylan, tu es un grand auteur. Oui, mais il me semble qu’on n’encense les légendes qu’une fois qu’elles ont rendus les armes. Une fois qu’elles rejoignent l’autre rive. Je suis mauvaise langue, j’ai vu que les sites d’informations ont rappelé que tu es un poète, un auteur, un militant, un rebelle, un homme qui a révolutionné la musique populaire et qui a influencé profondément la culture américaine. Bob Dylan, tu es certainement l’un des personnages les plus importants de la musique américaine. Et si tu étais un chanteur folk, tu es surtout un poète. Un vrai.

Je me réjouis de ton prix, Bob. Pas seulement parce que tu es mon dernier héros. Pas seulement parce que tu es mon songwriter préféré. Pas seulement parce que j’ai les larmes qui coulent dès que j’écoute “Moonshiner”. Pas seulement parce que tu as révolutionné le folk en osant brancher une guitare électrique. Mais parce que tu es un poète, un vrai. On n’en a plus beaucoup des vrais poètes. Certes, ça fait un bail voire deux que tu n’as plus rien écrit. Mais il fallait bien qu’à un moment donné, tu sois récompensé pour ton travail. Et de ton vivant. Il fallait bien qu’à un moment donné le monde comprenne que tu n’es pas qu’un chanteur à la voix chevrotante et à l’humeur changeante sur scène. Il fallait que le monde comprenne que tu es un grand, très grand monsieur.  Avant qu’on se rappelle à ton bon souvenir, à ta gloire évanouie et que toute la planète se mette à dire qu’elle t’aimait, en fait, de ton vivant.

C’est la première fois qu’un chanteur reçoit un prix Nobel de littérature. Pour l’Académie, on récompense ce que tu as su “créer dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique. Bob Dylan écrit une poésie pour l’oreille, qui doit être déclamée. Si l’on pense aux Grecs anciens, à Sappho, Homère, ils écrivaient aussi de la poésie à dire, de préférence avec des instruments”. Le folk, le vrai, c’était des poèmes contestataires mis en musique qu’on transmettait d’une génération à l’autre à l’oral. Parce qu’il n’y avait aucun moyen de les enregistrer. Le folk, c’est une poésie qu’on écoute. Et Bob Dylan était un auteur, un vrai. Un garçon qui s’est inspiré de moult auteurs, surtout de la beatnik génération : Kerouac, Burroughs, Ginsberg, mais aussi de Shakespeare ou de Rimbaud.

https://www.youtube.com/watch?v=8ol_W8hyHaE

Des paroles comme celles de Bob Dylan, on n’en trouve plus. Et c’est bien dommage. En tout cas, j’aime à croire que cette mise en lumière de la plume de Dylan par l’Académie va faire changer un peu les choses. Ou en tout cas la manière d’aborder, d’écouter la musique et d’écrire et de lire des chansons. Car une chanson, une vraie, une belle, c’est d’abord des belles paroles. Et si les radios voulaient bien passer un peu plus de Bob Dylan et un peu moins de Maître Gims, le monde n’en sera qu’un peu moins pire. Pas meilleur, juste moins pire.

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