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Francos de Montréal 2022 : notre top 10 des meilleurs concerts

LIVE REPORT – Les Francos de Montréal fêtaient leur grand retour en ville. L’occasion de vous parler de nos 10 spectacles préférés.

Après deux ans de pandémie, les Francos ont officiellement reconquis le quartier des spectacles de Montréal avec une ribambelle de spectacles gratuits et une floppée de concerts en salle avec des groupes et artistes qu’on n’avait pas pu voir depuis des années, covid oblige. Une édition des retrouvailles !

On a fait de notre mieux pour assister à un maximum de shows qui nous faisaient de l’œil (on en a compté 30 sur 8 jours, qui dit mieux ?). Voici notre top 10 des meilleurs concerts auxquels on a assisté.

#1 – Pierre Lapointe

Un show de Pierre Lapointe c’est comme une petite pillule qui vient ralonger notre vie sans qu’on n’ait rien d’autre à faire que de regarder et d’écouter, religieusement. Dans le cadre de l’exposition “L’heure mauve” au Musée des Beaux-Arts de Montréal, Pierre Lapointe a mis au point une bande originale faite de reprises et de nouvelles compositions. Pour cette unique représentation dans la magnifique salle Wilfried Pelletier, le Québécois propose à son public de le suivre au fil de ses pérégrinations, deux chansons par pièce de musée. La partie très intéressante (et toujours aussi pince sans rire, Pierre Lapointe oblige) de ce spectacle sont les commentaires et explications de l’artiste pour justifier le choix de reprises de grands classiques et ses influences dans les nouvelles compositions.

Chaque chanson est contextualisée par l’artiste, lui-même accompagné par un orchestre (cordes, vents, cuivre, piano à queue) et ses musiciens habituels (dont deux percussionnistes et son comparse Philippe Braud qui a arrangé quasi toutes les chanson de cet album). Il chante en allemand, reprend (dans l’ordre de l’album, et l’ordre des salles donc) des grands classiques québécois (Félix Leclerc, Gilles Vigneault), “Non, je n’ai rien oublié” d’Aznavour (après “Comme ils disent”) et rend hommage à Michel Robidoux (guitariste de Charlebois, entre autre) dans son sublime “Hymne à l’automne” qui nous a fait échapper quelques larmes. Pierre Lapointe sait tout faire.

“Apprendre toutes ces chansons pour un show c’est du sport. Ça fait partie du métier, mais c’est moi qui me met dans cette situation-là” lance-t-il amusé. Il fait une pause bien méritée pour laisser Amélie Fortin jouer du Satie avant de conclure sur “Youkali”, le paradis de Kurt Weill puis invite le ténor Antonio Figera à chanter “Pépiphanie” avec lui.

“Moi aussi j’ai un repertoire ! Ça va d’interpréter les autres !” dit Lapointe sarcastique, alors qu’il revient pour un rappel de deux titres à lui dont “Deux pas deux rassemblés, “la chanson qui jouera quand je serai mort”. C’est ça un show de Pierre Lapointe : des larmes, des rires bien sûr, mais aussi de l’admiration sans limite pour cet artiste capable de tout. Du tout intelligent, assumé et surtout très beau.

#2 – Les Hay Babies

Merci le ciel pour les Hay Babies ! Ces filles sont de pures astres solaires sur Terre. Et dieu sait qu’on en avait besoin en ce jeudi de terribles orages (à tel point qu’on a reçu un message d’alerte sur nos téléphones !). Jusqu’à la dernière minute, on ne savait pas si les trois Acadiennes allaient pouvoir se produire en extérieur. Et finalement, une fois l’orage passé, le soleil a (légèrement) pointé le bout de son nez, permettant au trio de présenter leur spectacle “best of, greatest hits” (c’est Julie Aubré qui le dit) pour les 10 ans de création de leur groupe. 10 ans déjà ! On se souvient encore de la toute première fois qu’on les découvrait, à Limoges dans le cadre d’un festival francophone en 2014.

Leur set est composé de deux parties, marqué par une sortie de scène (dansante) et un changement de tenues. Tandis que la 1re partie était plus pop psyché colorée, la seconde est plus rock et leur permet de rejouer d’anciennes chansons de leur répertoire. Les Hay Babies alternent donc entre vieilles chansons de Mon Homesick Heart, et les nouvelles de Boîte aux lettres, qui leur permettent de s’accompagner et de chanter à tour de rôle.

Elles dégagent un charme fou, que ce soit par leurs petits pas de danse synchronisés (qu’on adore !), leurs prises de parole enjouées, l’évident plaisir qu’elles ont à jouer ensemble, leurs harmonies vocales, et cette belle énergie communicative qui nous conquis. Elles nous laissent avec une version de “Same Old” twistée en jam disco puis reviennent pour un rappel avec “Chui pas une femme à marier”, leur première chanson écrite toutes les trois. “Merci à la pluie et merci au beau temps” s’exclame Katrine Noël, qui finalement résume bien ce concert providentiel qui a comblé nos cœurs.

#3 – Lisa LeBlanc

Tête d’affiche au MTelus pour son grand retour à Montréal (et sur scène), Lisa LeBlanc était attendue comme le messie par un public “packté” et de tous âges. La scénographie a été travaillée, costume à franges et combi disco, podium et grand soleil de néons entourant le groupe, 60’s vibes. Pas de niaisage l’Acadienne commence d’entrée de jeu avec ses deux singles ,”Dans l’jus”, “Pourquoi faire aujourd’hui” et repasse au banjo pour “Cerveau ramolli”, pour notre plus grand plaisir. L’artiste est entourée de musiciens chevronnés, dont deux percussionnistes (batterie et accessoires) en trio rythmique diabolique avec une basse funky as can be.

Le set est dynamique et même si on apprécie les pauses douceur (“Kraft Diner” en guitare-voix solo), on découvre avec grande curiosité les chansons de son dernier album Chiac Disco. Pour complémenter la fête, Lisa Leblanc a invité Sami Landri et Xavier Gould, deux drag acadiennes à l’accompagner sur sa chanson “Repas acadien” avec passoir vapeur et autres objets amusants. Si on prend un peu de recul, quel culot que de faire chanter “Patate bouilli, carotte bouilli, tout bouilli” au MTelus qui ne bronche pas d’un poil et y va à tue-tête. Une reine du banjo aussi ! Quelle artiste complète et époustouflante à regarder sur scène.

On souligne également les arrangements live disco-funk-rock de “Veux tu rentrer dans ma bulle ?” qui sonne la fin officielle du spectacle. Lisa Leblanc revient sur scène pour un rappel en bonne et due forme : “Ma vie c’est d’la marde” entonné avec sa guitare et de tous les participant.e.s au show pour la messe finale. Une bien belle soirée !

#4 – Etienne Coppée

Un ilot de douceur, de soleil et de bonté en plein centre-ville de Montréal. C’est à peu près la façon la plus simple pour décrire le premier concert d’Étienne Coppée aux Francos lors du dernier jour du festival. Pourtant, il fait très humide ce jour-là, et le public a remis ses affaires d’automne pour ne pas se faire ensevelir les pieds par la gadoue et ne pas prendre froid.

Dès qu’Étienne et sa gang débarquent sur scène, on sait que cela va passer vite. Et c’est d’ailleurs ce que l’artiste n’aura de cesse de dire pour ses premières Francos : il ne faut pas trop parler, il faut jouer. “Continuez à écouter de la musique qui fait du bien à l’âme” glisse-t-il tout de même, alors qu’il passe de ses claviers à la guitare acoustique, accompagné par ses beaux et belles ami.e s habituel.le.s (Simon Kearney en homme instrument en prime).

Le show commence par “Écoute”, se termine par “L’été indien de ta vie”, à quoi on peut ajouter non pas une, ni deux mais trois nouvelles chansons (dont une bonus pour closer le concert, à laquelle on trouve des airs de Polnareff bien appréciés). Étienne a le sourire le plus communicatif au monde et la foule le lui rend bien. L’homme aux deux chaussettes différentes ne réalise pas qu’il est là, et n’en revient pas du monde venu l’écouter religieusement (pas un bruit sur “Demain il fera beau” !). Encore une fois, on se répète et on se répétera encore s’il le faut, mais quelles belles mélodies et harmonies dans ces balades mélancoliques lumineuses qui nous humidifient les yeux tout en tant nous faisant sourire comme jamais. Bravo, c’était digne d’un chocolat chaud espagnol bien épais en pleine tempête. Réconfortant et enivrant.

#5 – Le Roy, la Rose et le Lou(p) : Ariane Roy, Thierry Larose et Lou-Adriane Cassidy

Un des spectacles qu’on attendait avec le plus d’impatience rassemblait trois des artistes de la relève les plus hot du moment. Les bien nommé.e.s Ariane Roy (Le Roy), Thierry Larose (La Rose) et Lou-Adriane Cassidy (Le Loup). Il faut dire que les trois sont ami.e.s de longue date, s’accompagnent entre eux, font des chansons ensemble et jouent avec les mêmes musicien.ne.s.

Les costauds arrangements à sept musiciens et trois chanteurs-choristes viennent du cerveau d’Alexandre Martel aka Anatole (derrière l’album de Lou-Adriane et de Thierry). Niveau setlist, chaque artiste joue tour à tour une chanson de son répertoire (entraînants et plus doux). On aurait pu craindre un décalage d’univers mais les titres s’enchaînent avec homogénéité et on prend un malin plaisir à regarder toutes les mines réjouies sur scène. Chacun.e s’accompagne et se soutient avec énergie quand il le faut et retenue quand cela est nécessaire.

En guise de chanson de fin, le trio a invité Gilles Valiquette à interpréter avec elles.eux “La vie en rose”. Pour finalement revenir pour un rappel totalement imprévu où les filles se lancent dans une reprise de “Entre Matane et Bâton rouge” d’Isabelle Boulay que Thierry accompagne à la guitare, sourire en coin. Un concert diablement efficace et bien monté qu’on aurait plaisir à revoir, même si l’unicité de l’occasion le rendra encore plus précieux dans nos mémoires. 

#6 – Eddy de Pretto

Dur choix de concerts que le vendredi soir. Entre P’tit Belliveau, Louis-Jean Cormier et Eddy de Pretto, notre cœur balançait fort. Finalement, la nostalgie et les premiers amours ont tranché pour Eddy de Pretto, accompagné d’un Etienne Dufresne bien excité en première partie. On voulait voir ce que donnait en live ce 2e album qui nous avait beaucoup moins fait d’effet que l’excellent Cure.

“Il fait grave chaud et vous chantez hyper bien”. Alors que le Français entame ses deux premiers titres à même la fosse, on sent son extrême excitation à être de retour à Montréal après quatre ans. La dernière fois que les Montréalais.e. le voyaient, c’était dans cette même salle, il y a quatre ans, encore aux Francos. A la différence près que cette fois-ci, le Français est entouré de cinq musiciens, dont trois claviers-machines. On a beau eu écouter avec attention, on n’a pas franchement saisi ce que chacun.e apportait vraiment au schmilblick. En tout cas, encore une fois, le MTelus a répondu présent et ne manque pas une occasion de chanter en chœur absolument toutes les chansons.

Alors que le concert commence sur les chapeaux de roues, un petit intermède piano-voix permet à Eddy de Pretto d’interpréter son duo avec Yseult (en magnéto malheureusement) et une nouvelle très belle, mais très triste chanson (“Vide dans la maison”). La reste de la soirée se déroule à vitesse grand V, intercoupé d’interventions touchantes d’Eddy, tellement heureux d’être là, qui rappelle que la musique lui a sauvé la vie. Il en profite pour lancer un appel au respect et à la tolérance de toutes les différences (une belle introduction à son single “À tous les bâtards”). Un “je vous aime !” spontané finit de faire fondre le MTelus qui savoure un rappel avec “Kid” et “Bateaux-mouches”. Un succès !

#7 – Fishbach

(Enfin) de retour à Montréal après plusieurs années d’absence, Fishbach est la tête d’affiche au Club Soda. “Je suis venue toute seule, mais je ne me sens pas seule”. Une nouvelle fois, elle est venue en solo. Comme lors de son dernier concert à Montréal… en 2018 ! Tâche pas facile, mais un challenge une nouvelle fois relevée avec brio.

Seule derrière sa grande console, c’est elle qui lance et mixe ses pistes tout en chantant (incroyablement) et occupant la scène de façon impressionnante, dansant théâtralement, les yeux expressifs et Fedora sur la tête. Malgré un court set de 55 minutes et les réclamations, en vain, d’un public conquis, Fishbach a fait montre d’un charisme remarquable. Elle alterne les “hits” de À ta merci, son premier album avec les nouveautés de Avec les yeux sorti cette année.

On retiendra sa reprise modernisée de “Night Blue” une chanson de Bernard Lavilliers, l’excitation du Club Soda pour “Un autre que moi” (toujours aussi bonne) ainsi qu’une nouvelle chanson avec des refrains en arabe, si on ne se trompe pas (on se souvient de “Laka”, son magnifique duo avec Bacchar Mar-Khalifé pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore écouté). Chapeau bas l’artiste !

#8 – Rau_Ze

Grosse foule pour un show de 19h à la “petite” scène Sirius XM plutôt dédiée aux concerts d’artistes émergent.e.s. Il ne s’agit pourtant que du 4e ou 5e concert de Rau_Ze et de ses musiciens. Et disons le tout de suite : qu’iels sont impressionnant.e.s ! Une intro instrumentale qui fait monter la pression et installe l’ambiance est le prémice de ce show bien monté. Visiblement, la formation a travaillé à proposer un concert différent de celui des Francouvertes (qu’iels ont remporté cette année) et se paye le luxe d’ajouter plusieurs nouvelles chansons en prime. Avions-nous déjà précisé que RIEN de ce qu’iels jouent n’est disponible en physique ou en numérique ? Le bouche à oreille semble avoir extrêmement bien fonctionné pour Rau_Ze.

Luis Clavis (Valaire, Qualité Motel) fait un passage remarqué sur la scène pour un duo avec Rose Perron, la lead singer et incarnation du groupe pour une nouvelle chanson bien punchy. On retient déjà “Au coin de Summerset”, une nouvelle chanson extrêmement addictive et assez différente niveau atmosphère.

On l’a dit et redit, mais quel alchimie entre le band ! Ces musiciens tellement à leur aise pour improviser, faire monter la sauce et porter a bout de bras les performances vocales exceptionnelles de Rose qui, elle aussi, se donne à 101% vocalement et physiquement. On comprend l’enthousiasme du public qui danse et acclame le groupe. Très bon !

#9 – UssaR

La branche française de Rocknfool nous avait chaudement recommandé d’aller voir UssaR. Et bien quelle bonne surprise que cet artiste au timbre grave et chaud qui, derrière ses claviers, pédales et machines pourrait faire craquer n’importe quel cœur froid. Le Français apprivoise aisément Montréal avec de petites attentions, s’étant habillé aux couleurs canadiennes pour l’occasion (ou polonaises s’amuse-t-il), et proposant sans brusquer le public de faire les chœurs ou le bruit de la pluie avec les doigts, alors que ses amis lui avaient déconseillé.

Il sait aussi bien faire danser (“Plafonds de verre”, “Encore, encore”) qu’émouvoir avec des titres en piano-voix (“Je vois la mer”, sublime “6 milliards”), tout cela dans une sombre mélancolie contrastant franchement avec son vaste sourire, son regard bienveillant et son évident plaisir à jouer à Montréal, “un rêve devenu réalité” confie-t-il.

Un set pas loin d’être parfait à nos yeux tant UssaR a travaillé ses transitions, ses interventions et ses ambiances. À continuer de découvrir, parole de nous !

#9 bis – Mathieu Bérubé

Mathieu Berubé ouvre notre samedi de la plus belle des façons. Malgré un set un poil statique sur une – il est vrai – fort grande scène, l’artiste présente des chansons aux textes poétiques de toute beauté sur fond plus électro que ses deux premiers albums. Le public écoute religieusement assis dans l’herbe, et semble apprécier les arrangements plus pop, comme son “Minute papillon” en compagnie de la rappeuse Sense H, et sa reprise d’un poème de J.-P. Daoust, “Fettuccine” qui ne manque pas de faire sourire la plupart d’entre nous avec son texte humoristico-cheesy assumé et l’accompagnement dansant qu’en a fait Mathieu Bérubé.

Accompagné de 3 musiciennes et d’un claviériste, il admet être très certainement le moins bon d’entre eux. Cela dit, le talent de Mathieu Bérubé c’est ce timbre de voix particulier qui lui permet de donner vie à ses mots et nous raconter des histoires mélancoliques, comme son sublime “Roman-savon” interprété en guitare voix. Conclusion sourire aux lèvres avec sa “Mise à niveau” et son outro jazzy amusante.

#10 – Les finissants de l’École de chanson de Granby

Dans les spectacles des Francos qu’on affectionne, figurent toujours les shows de la “relève”. Direction le Studio TD (ex Astral) pour assister au spectacle des finissants de l’École de la chanson de Granby. Un pur spectacle de finissant.e.s en bonne et due forme, avec les familles dans la salle, de la joie, de la fébrilité, quelques erreurs, mais avec de futur.e.s artistes de la scène québécoise, qu’on recroisera peut-être dans les prochaines années.

Les finissant.e.s apparaissent un par un sur scène pour présenter une de leur propre chanson, accompagné.e.s des musiciens de l’école et de deux ou trois finissant.e.s prêtant leurs voix ou leur qualité de musicien.ne aux autres. On s’émeut de la sensible mélancolie de Micheline (“Demain”), on apprécie la vitalité déjantée de Tonies (“Le Corbeau”), on pense aux Trois Accords pour la chanson humoristique sur les roux de LeRoux intitulée… “Les roux” et on admire l’audace de Passion Poire qui joue sur la notion de célébrité et d’ego avec sa chanson “Parle de moi”.

Après l’entracte, la suite de la promo poursuit la soirée. Touchant hommage de Maude Loue qui interprète superbement la bien jolie chanson de son amie Luan Larobina (qui n’a pas pu être présente ce soir-là), une nouvelle fois accompagnée de l’excellent Jipé Dalpé à la trompette en sa qualité de professeur. Les styles varient, manquant encore parfois un poil d’émancipation, mais cela viendra. À noter, la belle énergie et l’originalité de l’Albertois Sympa César (“Nomades”) qui clôt la soirée avant une dernière chanson finale, camp de vacances mood.

Crédit photo : Emma Shindo